ACTE II, SCÈNE I 31o
francs il y a trente ans, n'en rapportent plus que dix-huit mille à dix-huit mille cinq cents. Voilà ce que la République a fait de mes vignes.
HORTENSE
Croyez-vous, ma tante, que ce soit la République ?
LA MARQUISE
Et qui voulez-vous que ce soit? Sans compter qu'on vient de découvrir une maladie nouvelle, presque aussi grave que le phylloxéra, et avec ma chance habituelle, je l'ai immédiatement attrapée.
HORTENSE
Vous, ma tante ?
LA MARQUISE
Non, pas moi. Vous êtes idiote, mon enfant.
HORTENSE
Merci, ma tante.
LA MARQUISE
Et alors, je viens voir ce professeur. C'est lui qui a trouvé la maladie... Une drôle d'idée qu'il a eue !
HORTENSE
S'il ne l'avait pas trouvée, elle existerait tout de même.
LA MARQUISE
Ce n'est pas sûr. Enfin î espérons qu'il aura trouvé aussi le moyen de la guérir.
HORTENSE
Espérons-le, ma tante.
LA MARQUISE
Je ne vous en remercie pas moins, mon enfant, d'être venue poser avec moi, chez ce savant.
HORTENSE
Je crois qu'il a son cours aujourd'hui.
Au fait, vous le connaissez très bien, vous ?
HORTENSE
C'est un ami intime d'Edouard.
LA MARQUISE
Voyez-vous quelquefois cet imbécile?
HORTENSE
Qui?
LA MARQUISE
Votre cousin, le baron de la Jambière, mon neveu.
HORTENSE
Presque tous les jours. Nos propriétés se touchent, et il est précisément à Châtellerault aujourd'hui, avec sa...
LA MARQUISE, l'empêchant d'achever.
Avec vous.
HORTENSE
Vous serait-il agréable de le rencontrer, ma tante ?
LA MARQUISE
En aucune façon.
HORTENSE
Vous l'aimez bien, pourtant, votre neveu...
Il m'est devenu complètement indifférent. Vous pouvez le lui dire de ma part. En outre, il a une manière de vivre et des idées qui m'interdisent, désormais, de le recevoir chez moi, ou de me présenter chez lui. Un baron de la Jambière!