‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 41 sur 261 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

déboires, elle n'a déjà que trop de dispositions à l'insoucian e.

Elle a raison. C'est la meilleure défense contre la mauvaise fortune, et je ferais de la belle besogne si nous étions à nous lamenter tous les trois.

ci CILE.

Mais, à propos de quoi?

BRIGNOL

Il n'y a encore rien de décidé, nous en causerons un de ces jours.

MADAME BRIGN» IL, allant à lai.

C'est aujourd'hui qu'il faut parler de tout cela. Je ne veux pas que Cécile se trouve engagée demain dans une situation au moins équivoque.

i ! ( ILE.

Moi, dans une situation équivoque ! Quelle est cette énigme, père, je t'en prie?

MADAME BRIGNOL, à $on mari, lentement.

As-tu d'autres motifs que des présomptions et que ta confiance naturelle? As-tu de vraies raisons pour croire que monsieur Vernot est prêt à te demander la main de notre fille? 11 vient ici tous les jours, on l'invite à dîner, nous allons au spectacle ensemble ; c'est un garçon de trente ans, ta fille en a vingt, et je trouve que les observations que t'a faites Valpierre à ce sujet, méritent que tu t'y arrêtes.

BRIGNOL.

Entre gens qui comprennent l'existence, il y a

des choses qui sont convenues sans qu'il soit nécessaire de faire des phrases.

Un mariage n'est pas une question de sousentendus, et l'on n'a jamais demandé la main d'une jeune fille autrement qu'avec des mots.

BRIGNOL.

Je réponds de Maurice.

MADAME BRIGNOL.

Je crains...

CÉCILE, se levant.

Voilà une discussion tout à fait inutile : ce monsieur paraît fort gentil, mais je t'assure que je ne le considère pas du tout comme un fiancé S'il demandait ma main, je verrais ce que j'aurais à répondre.

BRIGNOL.

Parfaitement. | Prenant su femme el sa fille, chacune par

une main.) Mes enfants, mes chères enfants, au nom du ciel, ne vous forgez pas des idées noires à propos de rien. Rapportez-vous-en à moi. Tout va très bien et notre position s'améliore de jour en jour.

MADAME BRIGNOL.

Tu te l'imagines parce que tu as touché par hasard quelques sous ; <;a a toujours été la même chose... Nous vivons depuis dix ans comme situ attendais un million le lendemain matin.

BRIGNOL.

C'est le seul moyen de le gagner.

Si je ne m'inquiétais pas de l'avenir plus que toi...

BRIGNOL.

Le jour où l'on s'inquiète de l'avenir, on est perdu. Tu n'obtiendras jamais de moi que je m'inquiète de l'avenir. J'ai des préoccupations

Al 11 II, SCÈNJi VU 73

plus positives, heureusement. Quant à ce mariage, ma fille, j'en réponds, et tu peux y compter !

CÉCILE

Comment ! y compter?

BRIGN( »L.

C'est une manière de parler : je veux dire qu'il se fera.

CÉCILE

Qu'il se fasse ou non. je m'en moque absolument, sois-en bien convaincu... Certes! monsieur Vernot est aimable, il est très riche, et moi, je n'ai pas de dot; mais j'aimerais mieux rester fille et vivre dans la misère que de gagner mon mari comme un gros lot à une loterie, tu sais !

BRIGN< >L, s asseyant.

Mon Dieu ! voilà les exagérations que je craignais.

CÉCILE

Mais j'aimerais mieux être actrice! Si ce monsieur est si difficile, qu'il s'en aille.

Mais il n'est pas difficile, il est très gentil. Il n'est pas question de tout cela, et les choses vont aussi bien que possible. Je ne vous demande que de ne pas les gâter par des raisonnements absurdes. Je suis aussi soucieux que toi de ta dignité.

LA P.< >XNK. annonçant.

Monsieur Carriar

BRIGNOL.

Maintenant, mes enfants, laissez-moi à mes

affaires. .1 la bonne. Qu'il entre. Elles sortent à gauche.

E ntre Carriard.

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