‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 68 sur 261 · acte m, sci m: vu · texte numérisé non relu

acte m, sci m: vu

MAURICE

Moi?...

CECILE

Oh ! je comprends très bien que vous n'ayez pas songé à épouser, dans votre position, la ii lie d'un homme sans fortune, devenu même votre débiteur... Je connais assez la vie pour savoir que ces mariages ne se font guère. Mais ce que je ne vous pardonne pas, c'est de m'avoir cru capable, sous prétexte que vous êtes riche, de...

MAURICE

Je vous jure, Cécile...

CÉCILE

Hier, là, presque à cette place où nous sommes, vous m'avez dit que vous m'aimiez... Qui sait? Si nous avions été seuls, vous m'auriez peut-être fixé un rendez-vous ! Et si vous avez osé me parler ainsi, si vous avez pensé cela de moi, c'est parce que mon père était votre obligé. Vous vous êtes dit : « Voilà une petite lille qui a assez de l'existence qu'elle mène au milieu d'ennuis de toutes sortes. Elle est sans avenir, sans dot, elle n'a aucune chance de se marier. Elle va être enchantée de ce que je vais lui offrir... » C'est en cela, monsieur, que vous vous êtes trompé. Je ne crois pas, en effet, avoir un avenir très brillant, mais je saurai m'y résigner. J'ignore si mon père a commis des fautes et je ne veux pas le savoir... Je sais seulement que c'est un homme bon, généreux, et qu'il m'aime de toutes ses forces. Je ne le quitterai jamais, et en croyant que j'en étais capable, vous avez eu une pensée qui n'est ni loyale, ni jolie... Remarquez que si je vous dis tout cela, c'est afin qu'il n'y ait pas de malentendu entre nous et que vous vous borniez dorénavant à traiter vos affaires avec mon père sans cher-

cher à me revoir... Vous permettez que je me retire, n'est-ce pas?

, MAURICE

Je n'ai qu'un mot à vous répondre, mademoiselle. Vous vous êtes trompée sur mes intentions de la façon la plus inouïe...

CÉCILE

Je vous remercie de ce semblant d'excuses.

MAURICE

Eh bien ! non, je ne veux pas vous faire de mensonges... Non, Cécile, je n'ai pas été loyal avec vous. Je vous aime, et aujourd'hui peutêtre j'allais vous laisser partir, j'allais partir moi-même et ne plus vous voir! Etais-je fou? Est-il possible que j aie jamais eu d'autre pensée, de plus cher désir que d'être votre mari?... Ah ! je suis un pauvre niais qui n'a pas vu où était son bonheur, où était sa vie !... Votre amour, Cécile, je ne le mérite pas, c'est à peine si je mérite votre pardon... Pardonnez-moi, Cécile... pardonnez-moi doucement, sans me faire de reproches, sans me rien dire, en me tendant la main, simplement.

(Cécile lui tend la main, il la baise. Cécile va chercher le paquet de livres laissé sur la table.)

Ah! ça! voilà une heure !... Pardon, mademoiselle...

CECILE, «inclinant.

Monsieur...

MAURICE, à Cécile.

Mon oncle arrive à souhait... Nous allons attendre votre père ici.

Page 1