‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 79 sur 261 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

ROSE

Il s'agit peut-être d'affaires de famille. Vous savez que sa mère est très souffrante ?

PAGELET.

Non, je ne le savais pas.

ROSE

Jean est même auprès d'elle depuis huit jours.

PAGELET.

Comment, Perrin esta Maurichard?

ROSE

Depuis dimanche dernier. C'est une lettre de sa sœur qui l'a fait partir.

PAGELET.

Mais alors, ils sont réconciliés?

rosi:.

Oui.

PAGELET.

Voilà qui est parfait! Et vous?

rosi:.

Lucie s'est remise avec son frère, mais elle et sa mère me détestent toujours.

Qui sait?

PAGELET.

Je le sens.

ROSE

PAGELET.

Si Perrin a consenti à retourner là-bas, après ce qui s'est passé, c'est qu'il est sûr d'arranger les choses.

ROSE

Ce sera difficile.

PAGELET.

Bah! depuis trois ans!... Tout le monde ici vous croit mariée avec Perrin. Il faut profiter de l'occasion et en finir. Ce serait un grand bonheur pour vous C'est pourquoi je vous ai écrit de

venir à l'étude.

rosi:.

Certes, oui, un grand bonheur. Mais j'y tiens surtout pour faire cesser enfin les mensonges où cela nous entraîne tous les jours. Si Jean m'avait écoutée, il aurait dit la vérité, purement et simplement, aux rares personnes que nous connaissons.

PAGELET.

Lorsque vous êtes arrivés ici, il m'a consulté à ce sujet. Je lui ai demandé s'il était fermement résolu à régulariser sa situation dans le plus bref délai, fût-ce au moyen d'actes respectueux, puisqu'il a plus de vingt-cinq ans aujourd'hui et qu'il peut se passer du consentement de sa mère. 11 m'a répondu oui... Alors, comme cela ne devenait qu'une question de temps, je lui ai conseillé moi-même de ne rien dire, et je crois encore que cela vaut mieux pour vous. Il est inutile de faire bavarder les gens.

rosi-:

Monsieur Georges ne sait rien?

PAGELET.

Ni son père non plus, ni madame Granger. Ils n'ont plus aucune relation à Maurichard.

ROSE

D'ailleurs, je refuse toujours, quand ils m'invitent soit à dîner, soit môme à venir les voir. Ils

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ne pourraient pas dire que j'ai cherché à m'introduire dans leur maison.

PAGELET.

En tout cas, cela n'aurait aucune importance avec eux, et je me chargerais de leur donner une explication tout à votre honneur.

ROSE

Oh ! ce n'est pas que je souffre le moins du monde d'être dans une situation irrégulière. Je l'ai acceptée ainsi. Nous sommes heureux, Jean et moi. Quand je réfléchis à ce qui aurait pu m'arriver à la mort de mon père, toute seule à dix-huit ans, je trouve que mon sort est encore enviable.

Le fait est, ma pauvre enfant...

ROSE

Je n'ai donc pas à me plaindre. Jean finira par m'épouser; il l'aurait déjà fait si je l'avais voulu. Je n'ai pas insisté pour ne pas rendre la brouille avec sa famille irrévocable. Mais je vous avoue cependant qu'il m'aurait été très désagréable d'être prise en flagrant délit de mensonge sur cette question-là.

PAGELET.

Je le comprends, mais votre réconciliation avec Lucie Butaud va tout modifier. Il ne s'agit que de manœuvrer adroitement. Revenez dans trois quarts d'heure à peu près. Madame Butaud sera là, je lui aurai parlé. Vous vous montrerez très affectueuse et très douce avec elle, quitte à lui jouer une petite comédie. Et dans les délais nécessaires, vous vous marierez... C'est convenu?

ROSE

Merci, monsieur Pagelet.

i O71 frappe à lu porte.

PAGELET.

Entrez!... (Entre Tlélion.) Hélion!... madame Hélion n'est pas avec vous ?

HÉLION

Je la croyais ici... Elle ne tardera pas. (Reconnaissant Rose.) Madame Perrin, tous mes compliments...

ROSi:. s'inclinant.

Monsieur...

HÉLION

Est-ce que votre mari va bientôt rentrer? Je lui ai donné un petit congé, mais comme c'est un de mes bons employés, je tiens beaucoup à lui.

ROSE

11 sera rentré dans deux ou trois jours, je suppose.

HÉLION

Bon, bon! Qu'il fasse ses affaires!... Un de mes bons employés, répétez-le-lui de ma part, et, en outre, un heureux homme, de posséder une des femmes les plus aimables et les plus distinguées que je connaisse.

I Jîose s'incline el suri .

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