ACTE I, SCÈNE IX l!j
LUCIE
C'était son droit. Une autre peut-être, à votre place, n'aurait point écouté un garçon dans ces conditions-là. Vous, vous l'avez fait. C'était votre droit aussi. Chacun pour soi! Enfin, c'est passé! Jean a donc quitté la ferme ! Il est devenu un monsieur, au lieu de travailler la terre, lui qui n'est qu'un paysan comme était son père, et comme nous sommes. Il s'est établi avec vous à la ville, il est entré dans un bureau pour écrire des lettres toute la journée. Tout ça, à cause de vous.
ROSE
Je ne comprends pas où vous voulez en venir?
LUCIE, se levant.
Je veux en venir à vous dire que jamais, entendez-vous? jamais, maintenant, la mère ne consentira à ce que Jean vous épouse. Il ne faut point vous faire d'illusion là-dessus.
Vous oubliez, ma chère Lucie, qu'à l'époque où nous avons quitté Maurichard, Jean n'avait pas vingt-cinq ans. Aujourd'hui, il en a près de vingt-huit, et il peut, si vous l'y forcez, se passer du consentement de sa mère. Il l'aurait déjà fait sans moi !
LUCIK.
Oh!
ROSE
C'est moi qui lui ai conseillé d'attendre, car j'espérais toujours les réconcilier; et je serais votre belle-sœur depuis longtemps, si je n'avais pas craint de faire à la mère de Jean un gros chagrin.
LUCIE
Le chagrin était fait.
ROSE
C'est à Jean que vous devriez dire cela et non à moi. Bref, votre mère refuse encore?
LUCIE
Oui.
ROSE
Définitivement ?
LUCIE
Ah !... Et je devine à la manière dont vous me parlez, que j'aurais tort d'insister.
LUCIE
Ça ne servirait à rien.
ROSE
Alors, au retour de Jean, nous verrons !
LUCIE, après un silence et t;i regardant.
Jean ne reviendra pas.
ROSE, prisant un mouvement brusque.
Qu'est-ce que vous dites?... Jean...
LUCIE
Je vous répète : il ne reviendra pas ! Vous comprenez, à présent?
ROSE
Je comprends que vous avez combiné quelque trahison, votre mère et vous !
LUCIE
Jean ne vous aime plus!... Dame! il paraît que la beauté ne suffit point à garder un homme, et qu'on se lasse des belles filles aussi bien que des vilaines.
ROSE
Je n'ai que faire de vos phrases et de vos injures. Ce que Jean a à me dire, il me le dira