n est pas pr
392 MONSIEUR PIKGOIS
PIEGOIS.
D'ailleurs, nous serons revenus dans quelques jours... et, si vous le voulez...
HENRIETTE
Nous avons tout le temps.
PIÉGOIS. souriant.
J'espère que vous ne partagez pas les craintes de Lebrasier?... Vous ne serez pas reçue à coups
de fusil... (Sur un silence d'Henriette:) Il n'est pas revenu avec vous, Lebrasier?
HENRIETTE
Vous le retrouverez au casino.
PIKGOIS. après un temps.
Oserais-je vous demander, madame, s'il ne vous a pas dit trop d'abominations sur mon compte?
HENRIETTE, sèchement.
Non, monsieur. Pourquoi l'aurait-il fait? En tout cas, cela n'a pas grande importance.
PIÉGOIS.
Evidemment, madame. Mais puisque Lebrasier vous a parlé de moi, je préférerais savoir qu'il ne Ta pas fait d'une manière trop désobligeante... C'est une curiosité toute naturelle.
HENRIETTE
Je crois bien. Que votre curiosité soit donc satisfaite! Il m'a dit que vous aviez été autrefois, à l'école, des amis intimes, qu'il vous avait perdu de vue pendant longtemps et vous avait retrouvé l'autre jour, à son grand étonnement et à sa vive satisfaction... C'est tout... J'ajoute, si cela peut vous être agréable, que j'aime peu me mêler aux histoires privées, aux potins, à la médisance, et
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que je les écoute ordinairement d'une oreille fort distraite. Il est si délicat déjuger les gens d'après les propos de leurs amis ! Pour ma part, je pense que chacun conduit sa \i<i dans la direction qu'il préfère, a ses risques el périls. El ce n'est que contrainte el forcée que je me permettrai de juger (lui que ce <oit.
PIÉGOIS
Cette absence de jugement <ist d'une grande èé\ érité.
HENRIETTI
Tien- '. En quoi ?
i-u,.,< us
Je ne crois pas <|u<' nous soyons, autant que vous le dites, maîtres de conduire notre existence avec cette fermeté et cette décision. A L'origine
baque destinée, il y a des forces obscures qui agissent sur elle »it la dominent, la poussent dans telle ou telle voie.
HENRIETl I
C'est une théorie très commode, car si le ha- Bard et des forces aveugles sont les maîtres de notre «xistence, c'est qu'alors nous ne sommes pas plus responsables de nos actes que de nos rêves. Et la vie ne devient plus qu'une bagarre sans pitié <>ù des gens furieux se heurtent les uns contre les autres, se piétinent comme des botes... Non, non, c'est tout de môme un peu plus noble que ça, la vie, franchement. Laissez-moi croire, ne serait-ce que pour le genre d'éducation que je veux donner à mon fils, qu'il y a des responsabilités <'t des devoirs sur lesquels tous 1rs gens d'une certaine... moralité sonl d'accord...
ri 1 < .' US avec mi mouvement.
Oui... oui... c'est vous qui avez raison... Oh!
394 MONSIEUR PIÉGQIS
vous êtes dans le vrai, vous êtes dans le vrai... Mais enfin... vous parlez comme une personne qui a vu clair tout de suite autour de soi, dont l'âme n'a jamais été bouleversée, qui a vu les choses s'arranger dans Tordre et la régularité de la famille. Vous n'avez pas eu de luttes à soutenir. Vous n'avez connu ni la tentation, ni l'imprévu, l'imprévu qui entre tout d'un coup dans la vie et la retourne de fond en comble'.... J'ai été, moi...
HENRIETTE, l'interrompant.
Je ne vous demande pas ce que vous avez été... Ne continuons pas, je vous en prie... Notre conversation va beaucoup trop loin, vous ne trouvez pais? Elle s'aventure dans des considérations personnelles qui sont sans intérêt pour vous, ni pour moî... Je ne veux répondre qu'un mot au reproche plus ou moins voilé que vous m'adressez de manquer d'indulgence.
l'IKC.OIS.
Oh!
HENRIETTE
Si! si! Permettez-moi donc, à mon tour, de vous dire que vous parlez, vous, comme si vous n'aviez connu que des surprises tragiques ou de l'amertume, comme si vous étiez une victime de la vie. Mais, au contraire, vous êtes riche... puissant... entouré d'attentions et de flatteries,., Tout paraît vous avoir réussi... De quoi êtes-vous en droit de vous plaindre?... Arrêtons-nous, voulez-vous? Nous avons ébauché tous les deux nos petites opinions sur de bien graves sujets... Nous n'en viendrons jamais à bout... Adieu, monsieur... Prenant les journaux. Je vais regarder ces portraits et je vous souhaite un bon voyage...
v « il [f, 8CÈNI \ m
l'H «.« US
i )\i : je <lt'\ ine ! El je sens bien b votre ton, à votre regard, que jamais plus, maintenant, je ne me retrouverai seul avec vtius... que vous me fuirez, que vbtis m'échapperai toujours.
Il l.\ l;l I . I M arei un mouvement.
Qu'est -i •' que ça \ eut dire?
PII ... us
il y a des choses que je veux savoir, pourtant!... Oui, je veUx savoir ce <|ui est possible. \ ous ayez pris sur moi trop d'inuuence... Ma vie, aujourd'hui, dépend de vous... Je suis, depuis que je vous connais, un autre homme, avec des pensées nouvelles sur les choses, sûr les êtres et
sur moi-même! fe me croyais sûr de moi, sûr de
iii* > 1 1 caractère et de mon cerveau; je vous ai vue, j'ai passé près de vous, et je ne suis plus qu'un homme aftolé... .I<i ne sais plus où je vais... jt* ne Bais plus... •!«' suis en pleine tempête et en pjein désarroi, plus isolé, plus incertain qu'aux pires heures de mon existence!.., In mot de vous peut briser autour de moi ce que j'ai établi <m tant d'années. Je suis redevenu, depuis que je vous aime, l'homme que j'étais autrefois, timide et inquiet, avanl que les luttes de la vie m'aient donné de l'audace. Enfin!... dans mon esprit et dans mon cœur... c'est le désordre... é'esl le
désordre... Henriette s'éloigne et vaponr sortir. Ne VOUS
en allez pas, répondez-moi... je vous en conjure !...
El -i je <l"i- souffrir, «j 1 1 ♦- ]<• sache au moins pourquoi!