HENRI
Nui), monsieur, non, je ne peux pas vous répondre;.. Je nai rien i voua répondre... .!•' ne m'attendais pas à une déclaration que rien de ma
396 MONSIEUR PIÉGOIS
part n'a provoquée... N'insistez donc pas, monsieur, je vous en prie... Eloignez-vous...
PIÉG< US, suppliant.
Oh! ne prononcez pas le non définitif et sans espoir!... Réfléchissez... réfléchissez que mon amour est d'un désintéressement absolu!... En dehors de mon amour, je ne fais aucun calcul... ni de vanité... ni d'ambition... Je ne cherche pas même l'entrée dans un monde qui n'est pas aussi fermé, peut-être, que vous le pensez... Je ne veux et ne cherche que vous, vous seule ! Alors, ditesmoi que je peux espérer encore! qu'il peut se produire dans l'avenir quelque chose , quelque chose que j'ignore et qui changera votre résolution !
HENRIETTE
C'est impossible... Ce qu'il y a dans l'avenir, je l'ignore comme vous. Je ne connais que mes sentiments actuels, qui sont très nets. Oh! je ne conteste pas votre désintéressement. Je sais même ce qu'il y a de... généreux dans votre caractère et aussi que vous avez plus... de mérite véritable, d'élévation de pensée, que beaucoup ne se l'imaginent. Mais j'ai pris une résolution qui ne peut pas changer... Comprenez-le. Ne me forcez pas !...
PIÉGOIS.
A quoi?
HENRIETTE, — an temps.
A rien.
PIÉGOIS.
Ah ! je sais bien que vous ne me dites pas le fond de votre pensée, que vous ne me dites pas la vérité, ni les raisons que vous avez de m'enlever toute espérance, même légère, même lointaine, bs autres raisons, les vraies !
scÈM \ ni :v.»t
iii.m;ii i il
Je ii -m .11 pas d'autres, et si j'en ai, elles m'appartiennent.
PI] i.i us
Ecoutez- moi... écoutez-moi... Les obstacles (|ifil y a entre nous, les obstacles plus ou moins insurmontables, je les connais. Le métier que j'exerce? Mais... d'abord, je ne \;»is plus l'exercer. Je irais tout disperser ici, tout balayer, c'est fini '. Qu'une union entre une femme de votre inonde, de votre rang et moi, D'en reste pas moins disproportionnée ei insolite, j'en conviens. Je ue réfléchis cjii à ça. .. je me le crie toute la journée... Je sais tout ce qu'on peul dire ei tout ce qu'on vous a dit de moi ! Que je suis en marge d<- la société, puisque je ne suis ni fonctionnaire, ni médecin, ni ingénieur; que, pendant toute ma jeunesse, j'ai roulé dans Paris, gagnanl ma vie comme je pouvais, et ce n'était pas toujours commode! Que je suis par conséquent un irrégulier et un déclassé, tandis que vous appartenez, Vous, à lapins liante, à la plus vieille et à la plus iière bourgeoisie!... Oui, c'esl vrai!... Mais enfin, ils n'existent plus les grands abîmes sociaux < ] 1 1 i séparaient les gens autrefois! El entre le déclassé et la bourgeoisie, on ne peut pas recommencer pourtant la vieille bisto ire de lu fille noble qui repoussait un
manant !
Eh '. monsieur... Vous cherchez à mon refus des raisons générales, sociales, et qu'il ne me convient pas de discuter avec vous... Vous oubliez peutêtre I.i plus simple et la plus profonde... une raison aui a'a aucun rapport avec les vieux conflits «le la bourgeoisie et ae la noblesse... Vous m'aimez, vous, c'est possible!... Eh bien! et moi?
PIEGOIS.
Ypus, !
HENRIETTE
Mais oui, moi... Je compte, je suppose !
l'Il.i.olS.
Vous!... Tenez... ,1e suis sûr que si j'étais un homme de votre monde, un monsieur quelconque rencontré dans un salon, vous, vous ne me repousseriez pas î...
HENRIETTE
Far exemple!... Et qu'en savez-vous?
PIEGOIS.
Et la première fois que nous nous sommes vus, je l'ai compris!... Oh! je n'ai pas de fatuité, allez!... (lest le hasard, c'est le mystère!... Entre un homme et une femme dont le cœur est libre, quel que soit cet homme, quelle que soit cette femme, il y a toujours à la première rencontre un regard échangé, un regard qui contient, sans qu'ils sans doutent parfois ni l'un ni l'autre, une provocation secrète et un appel!... Ce regard, nous l'avons échangé, oui... Nous avons communiqué brusquement ensemble!... Et depuis, dans nos conversations, dans les quelques promenades que nous avons faites, où vous m'avez laissé vous accompagner, je vous ai sentie de jour en jour près de moi, troublée et nerveuse, luttant contre vous-même, comprenant que je vous aimais!
HENRIEJTE.
C'est insensé!..* Taisez-vous!... Je ne veux plus que \<>us me disiez un mot! De quel droit ?... Allez-vous-en !
l'ii.t.i US, lui prenant te br.is.
Mais regardez donc en vous-même, loyalement,
\. i i il. «.. i NE \ m
rrqnchemen,t, et psez me djre que Ie n al P*s ,1'' pendant quelques instants un être q^e vôtre
pensée a accueilli... Elle $'arr*jche ,/,. [ai. Je vpus
aime ! je tous 8,ime!... Et aoi^s ne sommes séparés que par des préjugés sans grandeur, la peur, indigne de vous, du monde et die l'opinion.
Qei préjugés, la peur de I opinion '.... Tenez, ji n'aurais pas voulu vous le dire, mais vraiment vous m > forcez!. .. Air. si j'avais été aimée sincèrement, ardemment, par un bomme pauvre et malheureux, aurait-il plus que von- quitte* le droit chemin; aurait-il commis des actions plus graves?... Dieu sait que ce n'est pas sa pauvreté at u déchéance qui auraient pu retenir mon cœur! &oa fa.i ■!■ •-. je Las lui aurais pardpnnées ! . . , L'amour pa\<- tptyS les sacrifices! Mais outre V(Hi> et moi, l'abîme, c'est votre fortune, cesj l'argent que vous avez gagné! et gagqf comment?... Osez il"ui- me le dira à votre tour... Ah! quand je songe à ('homme que vous auriez pu être, à ce que vous auriez pu laire avec votre intelligence et votre force, à ce qu'une femme aurait pu trouver en vous!... Non, c'est douloureux... c'est ti"p douloureux!... Et, si vous n'avez pas de remords, c'est que décidément nous n'avons pas la nu-lie- conscience. Ah! oui, certes! il peut être beau, pariore, de Be révolter contre la société, contre la règje et ce que vous appelez c-édaigneu- -.■uirni les préjugi s. Mais alors., que ce -"il pour l'aire de grandes choses el non pas pour devenir le chef d'un mauvais lieu eï dune entreprise louche!... Eh bien, aujourd'hui, vous avez de ut. gardez-le! Je n'en veux ni pour ajoi ni pour mon fils.!... Ah! le pauvre péiitï... Vous
rOO MONSIEUR PlÉGOIS
seriez vraiment pour lui un ami et un conseiller, et vous lui apprendriez à votre façon, je pense, les règles de la vie et la noblesse des sentiments ! Non, non! ce n'est pas moi qui, par ma lâcheté, mettrai dans ma famille la première tare !
PIÉGOIS, violemment.
Votre famille... Ah çà ! est-ce que vous vous imaginez que c'est quelque chose d'extraordinaire, votre famille ! Mais elle sera peut-être demain plus tarée que moi ? Vous ne la connaissez pas !
HENRIETTE
Sortez!... (Appelant au fond.) Maurice!
PIEGOIS.
C'est ça... Appelez votre frère!... Votre frère qui a essayé tout à l'heure de m'extorquer un million, à moi, le chef d'une entreprise louche et d'un mauvais lieu!... Tenez, en voilà un qui donnera de bons conseils à votre fils ! et qui la lui apprendra la noblesse de sentiments. C'est le type de l'honnête homme pour vous ! Eh bien ! il est joli!...
HENRIETTE, indignée.
Oh!
(Apparaît Janlel par la haie du fond. Elle s'arrête.)
JANTEL, les regardant, et à Piégois en tirant sa montre et en déposant son chapeau sur lu table.
Comment, Piégois, vous êtes encore là?... Mais il faut partir, mon ami. Nous n'avons que le temps, dépêchons-nous!
PIÉGOIS.
Vous partirez sans moi, mon petit... Adieu !
kCTB II, SCÈNE VIII MM
JANTKJ
Je De comprends pas... Qu'est-ce que ça veut dire?
PIÉGl US
< a n»'ii( dire que vous vous tirerez d'affaire toul Beul !... Bien le bonsoir !...
.1 \\ 1 1 I te précipitant ver$ lui.
Mais qu'est-ce qui s'esl passé!... Vous ne voulez plus?...
l-li (.< >is
Jamais de la \ ie !
Mais je comptais sur vous, absolument!
i-ii.«>« us.
Ça m'est bien égal '
JAYli.I.
Il est impossible que... Vous m'aviez promis... donné voire parole !
i-li.i,. us
Laissez-moi donc tranquille.
r AN 1 I !..
Je n'ai plus le temps... .!«' suis perdu!...
l'ii.tw us.
Comment perdu? Vous avez encore eE portefeuille l'affaire du chemin de fer de Tananarive et les douze mille hectares dans l'Asie-Mineure! Qu'est-ce qu'il vous Tant de plus?... Adieu, mon petit!
// sm i violemment par /.< porte de droite.
idl' monsieur piégois