MADAME JANTE L
Mais non, ma pauvre amie, il n'est pas trop tard...
HENRIETTE
Je lui ai dit des mots qui nous séparent à jamais.
Vous attachez beaucoup trop d'importance à ces mots-là, et en général à une foule de choses, permettez-moi de vous le dire. En tout cas, dans la situation où vous êtes aujourd'hui, monsieur Piégois et vous, vous ne pouvez pas éviter une explication, une sérieuse et loyale explication. Ayez-la donc le plus tôt possible, et ce soir même, puisque l'occasion s'en présente, ça vaudra mieux à tous les points de vue. Nous étions venues toutes les deux inviter Piégois à dîner, invitez-le toute seule... Tenez, j'aperçois Lebrasier qui lui dit que nous sommes ici. Je vous laisse; je vais chercher mon mari...
HENRIETTE
Louise, je vous en prie...
M AD A Mi: JANTEL.
A tout à l'heure, à tout à l'heure...
(Elle sort à droite, laissant seule un instant Henriette. Entre Piégois i>;tr le fond.
\< I I III. -il M VII
Si / VE Vil HENRIETTE, P1ÉG0IS,
HENRIE1 M tur un geaie tTétonnemeni de PiégoU '/ni II §alme
C'est moi. oui, monsieur. Mon frère m'a appris ociatioc que vuus ave/ contractée .le Bais aussi tout ce que noua vous devons. Si! -il je sais ce que vous avez lait et ce que vous av.-/ risqué. San- vous, mon Frère était perdu, et c'eût été pour moi un»' douleur bien cruelle. Je ne veux pas pénétrer au fond des sentiui.Mil- qui vous ont lait agir, je ne veux voir que le résultat et vous en exprimer ma très vive gratitude.
PIÉGOIS, êèchement.
Je vous en prie, madame... c'est inutile. Je suis un homme d'argent, un homme d'affaires. Je n'ai consulté que mon intérêt.
H EN RI El II
Non, monsieur... Mais peu importe. Je n'aurais été '-n paix avec moi-même si je n'avais pas tait cette démarche auprès de vous. Nous allons nous rencontrer -mu veut, et il faut effacer, n'est-ce ivec «le la loyauté, de la franchise, les paroles violentes que qous avons prononcées l'autre jour. Je comprends maintenant la colère qui vous ;i saisi. Elle m'avait révoltée, elle me semblait nue vengeance de mon refus, une vengeance brutale et indigne. J'ignorais ce qui > Via il | entre mon frère et vous; je reconnais que j'ai été trop loin, moi aussi. J'ai eu tort... 1 )h ! j'ai eu tort... -I ai «les idées, <>u plutôt, héla- : j'avais des
fc28 MONSIEUR PIÉ(.()IS
idées trop absolues, trop rigoureuses. Je vivais clans un rêve que je regrette un peu, je ne vous le cache pas. J'avais bien éprouvé des douleurs, de l'angoisse, mais je n'avais jamais vu de drame réel éclater autour de moi. Oui... oui... En efi'et, il y a l'imprévu... Me voilà devenue plus raisonnable, plus indulgente. Oublions donc, moi, votre emportement, vous, ce que j'ai pu dire d'excessif et d'injuste.
PIÉGOIS.
Je n'ose pas vous promettre d'oublier aussi facilement que vous. Votre rencontre a été dans ma vie un trop gros événement ; il m'a fallu, pour renoncer à vous, pour m'avouer à moi-même que j'étais décidément indigne de vous, un trop énergique effort de volonté... Oh! ça été très dur... J'ai passé par toutes les phases, j'ai envisagé toutes les combinaisons avant d'en arriver là, même celle de vous épouser un jour, en profitant de l'espèce de reconnaissance que votre famille a pour moi. Mais c'était trop loin du rêve que j'avais fait... Non! non! nous valons l'un et l'autre mieux que ça... Alors, il ne me restait qu'une ressource : essayer de me guérir peu à peu, heure par heure, par le travail, par la banalité de la vie, par l'absence de secousses et d'émotions... Et voilà pourquoi j'ai pris une résolution... assez grave que je vais annoncer ce soir même à monsieur Jantel.
HENRIETTE
Ah !... (Un temps.) Et cette résolution?
PIÉGOIS.
Oh! mon Dieu, je n'ai aucune raison de vous la cacher. J'épouse mon amie... cette personne que vous avez rencontrée déjà quelquefois.
\> Il II!. S< I M \ Il
HEN - troublée, cachant son émotion.
< mi... oui. .. en effet .. je l'ai rencontrée...