MADAME LINEUIL
D'ailleurs, je la connais votre histoire. Elle est arrivée à madame de...
(Elle dit un mot à l'oreille de madame Chantraine qui éclate de rire.)
BREAUTIX, à madame Bréautin, ù droite.
Mais rit-elle de bon cœur, cette madame Chantraine... (Mystérieusement.) Crois-tu, comme je l'ai entendu dire, qu'elle?... Hum!
MADAME BRÉAUTIN.
Qu'elle?...
Enfin, tu me comprends.
M \I.Wll. BRÉAUTIN.
Qne t av.iis-jc prédit quand on nous a annoncé ce mariage-là? Tu te le rappelles?
BRÉAUTIN.
Oni.
MADAME BRÉAUTIN.
Eh l»i<'ii : ce que je t'avais prédit est arrivé, et au delà.
BRÉAUTIN.
Bigre !
MADAME BRÉAUTIN.
Pourquoi bigre ?
BRÉAUTIN.
Elle risque gros. Si Chantraine se doute !...
MADAME BRÉAUTIN.
lu homme qui a fait ce qu'a fait Chantraine avec sa première femme, ne peut plus avoir de soupçons sur la seconde. Il a coniiance pour la vie. (Désignant Chantraine qui cause avec un invité.) Regarde-le, d'ailleurs, la figure épanouie, un bon x.iirire aux lèvres, les yeux grands ouverts... Quand on a les yeux ouverts comme ça, c'est qu'on est aveugle !
BRÉAUTIN.
Et qui est l'heureux?... (Bainanl h, voix. Langlade ?
MADAME BRÉAUTIN, indignée.
Langlade? Tu es fou!... surtout ne répands pas ce bruit.
BRÉAUTIN.
Oui, alors?
MADAME BRÉAUTIN, à voix basse, désignant l>- sens op posé.
Saint-Brillat.
210 l'adversaire
BRÉAUTIN, .se retournant.
Saint-Brillat î Allons donc! ils ne se sont pas adressé la parole de tonte la soirée.
MADAME BRÉAUTIN.
C'est qu'ils s'étaient tout dit avant de venir.
(Entrent par le fond un jeune homme et une jeune femme, monsieur et madame Hénon.)
BRÉAUTIN, les apercevant.
Tiens î le petit professeur. Depuis quand est-il ici?
MADAME BRÉAUTIN.
C'est moi qui lui ai écrit d'arriver.
BRÉAUTIN.
Voilà deux ans que je lui promets de le faire nommer à Paris.
MADAME BRÉAUTIN.
Il sait que tu vas avoir l'Instruction publique et il accourt.
BRÉAUTIN.
Comment sait-il que je vais avoir l'Instruction publique, quand moi je ne m'en doute pas?
MADAME HÉNON, s'avançant, à madame Bréautin.
Ah! chère madame...
HÉNON.
Madame... Monsieur Bréautin.
MADAME HÉNON.
Quelle bonne lettre vous nous avez envoyée... Nous l'avons reçue hier à midi et nous sommes partis par l'express du soir... Mon mari ne tenait plus en place. Il n'a même pas demandé de congé... Comme c'est aimable à vous...
MADAME BRÉAUTIN.
C'est tout naturel... Je n'oublie jamais mes
ACTB il, SCÈNE 1 >l I
amis. Wun air entendu. Et le moment rst favorable.
MADAME m A' >\
Oui... oui... nous savons... \'«»us pensez bien que nous nous tenons au courant... Mous lisons iiriiitux... Mon mari va au cercle pour savoir ce qu'on dit. Tout !<i monde parle de la chute du ministère.
WŒ.UTIX.
\li ! vous avez un cercle à Aurillac?
HÉN< >V
i >ui. Le Cercle des Fonctionnaires.
MADAME BRÉAUTIN.
Près bien. On est renseigné en province. Mais tout de même, vous en avez assez d'Aurillac?
MADAME II ï: Xox.
Principalement, madame, parce que nous n'avons pas le plaisir de vous y voir.
MADAME IMU'.ai ."TIN.
Vous êtes charmante, mon enfant. Ce que mon mari vous a promis est promis.
BRÉAUTIN, terrant énergiqnemeni la main de Hénon.
Est absolument promis.