‹ Théâtre completChapitre 100 sur 143 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

PASIPHILE, seule.

J'ai voulu tout savoir et j'y suis parvenue.

désespoir cruel et souffrance inconnue!

Tomber de tout son haut dans cet abaissement Que creuse sous nos pieds l'abandon d'un amant..,

Encor si je pouvais dans ma fierté blessée,

Rencontrer le remède à ma flamme insensée?

Si je pouvais lui rendre, oublieuse à mon tour,

Les mépris dont il ose insulter mon amour?

Mais, pour le trop aimer, je reste sans défense,

Plus sensible à sa perte, hélas ! qu'à son offense,

Et toute prête encor à lui rouvrir mes bras...

Va ! va ! peine perdue ! Il ne reviendra pas.

déesse ! pourquoi des passions pareilles !

C'est l'enfer de mes nuits, le poison de mes veilles.

Confiant et jaloux, caressant et moqueur,

Absent, il m'inquiète, et présent, j'en ai peur.

Accepte qui voudra ces amours condamnées !

Pasiphile prétend à d'autres destinées.

Y dussé-je périr! je le veux, ce sera :

Puisque j'aime Eutyclès, Eutyclès m'aimera.

Tous les moyens sont bons, pourvu que j'y parvienne.

Dans son antre j'irai voir la Thessalienne,

Et j'en rapporterai quelque philtre puissant

Qui dans son cœur de glace allumera son sang.

Page 1