ACTE TROISIEME
Sur-le-champ.
(Néère entre. — A part.)
C'est bien elle.
(ADrosé.)
Il suffit. Laisse-nous.
(Drosé sort.) NÉÈRE.
Pourquoi m'avoir contrainte à revenir chez vous?
PASIPHILE.
Vous-même, ce matin, que veniez-vous y faire? Je ne vous connais pas... vous êtes étrangère. <* Pourquoi m'avoir parlé d'Eutyclès? Quel lien, Quel qu'il soit, peut unir votre intérêt au sien? Parlez? répondez-moi?... Depuis votre visite Le malheur a plané sur ma maison maudite :
La mort a menacé mon Eutyclès, et lui, Dont la voix m'apaisait, d'ordinaire aujourd'hui Ne m'a pas dit un mot qui ne fît sa blessure ! Je ne me trompe pas... Je l'ai vu!... ta figure Rayonne de plaisir sous son air abattu...
Mais que t'ai-je donc fait? et d'où me connais-tu, Pour venir, sous mes yeux, insulter à mes larmes? Prends garde ! contre toi j'ai peut-être des armes. . tlne femme qui souffre est femme à se venger. — Mais ton nom? ton pays? c'est trop t'interroger.
NÊÉRE.
Madame, épargnez-vous la colère et la haine.
Je m'appelle Néère, et j'arrive d'Athène.
PASIPHILE.
Mais ce grand intérêt pour Eutyclès? Parlez, Car j'ai hâte.
- NÉÈRE
Je suis la femme d' Eutyclès.
PASIPHILE.
Sa femme? Vous mentez. *
NÉÈRE
Dans l'ombre et le silence, J'ai pleuré si longtemps sa fuite et son absence, J'ai si longtemps souffert, j'ai si longtemps prié... Ah ! ne m'outragez pas, madame, par pitié:
Unis depuis deux anâ, ce furent deux années Dont l'ivresse a pour nous mesuré les journées ; Je l'aimais, il m'aimait, et c'était chaque jour Comme un chaînon de plus rivé sur notre amour; Il était mon trésor comme j'étais sa joie, Et les Parques, filant pour nous des jours de soie, S'étonnaient d'un bonheur si constant et si pur. Temps heureux! un nuage a terni ton azur; Mais je vivrais cent ans, que cent ans ma mémoire De ces jours fortunés saurait encor l'histoire,