ACTE TROISIÈME i
Et que leur souvenir, comme un parfum sacré,
Rafraîchirait encor mon pauvre cœur navré.
Ah ! si le ciel avait, dans sa bonté profonde,
Pu donner un enfant à ma couche inféconde !
Eutyclès, retenu par l'amour de son fils,
N'eût jamais déserté son seuil ni son pays...
Mais Lucine à mes vœux refusant sa couronne,
Mon mari se lassa d'un bonheur monotone;
Puis il advint qu'un jour — voici bientôt six mois —
Je l'avais embrassé pour la dernière fois.
Pour la dernière fois 1
PASIPHILE', à part.
Sa femme! c'est sa femme!
NÉÈRE
Eutyclès m'avait fui... Comprenez-vous, madame? Oh ! ne sachez jamais ce que l'on peut souffrir, Ce qu'on peut supporter de douleur sans mourir!... J'ai vécu. Je savais Eutyclès à Corinthe ; Mais je n'osais venir, par pudeur et par crainte. J'y pensais nuit et jour ; enfin, je ne. rêvais Que Corinthe, toujours Corinthe, où j'arrivais, Où mon cher Eutyclès, au souvenir d'Athène, Pour revenir à moi, brisait enfin sa chaîne... — Ne vous irritez pas!... je ne savais de vous Que le nom, et combien vous aimait mon époux. — Mais quand on me montra la rivale inconnue Que j'avais espéré vaincre sans l'avoir vue... Quel triomphe plus beau, madame! Je compris Qu'Eutyclès fut de vous si follement épris.
Un regard de vos yeux dissipa dans mon âme
Tout instinct de vengeance et tout penser de blâme :
Comment aurait-il fait pour ne pas vous aimer.
Puisque vous avez su, moi-même, me charmer!
Alors je suis venue à vous... Effort suprême!
Vous aimiez mon mari ? mais pas tant que je l'aime,
Et peut-être, au récit de ma longue douleur,
Ma confiance en vous toucherait votre cœur.
Mais à son nom, tombé de ma lèvre fatale,
Vous n'avez voulu voir en moi qu'une rivale,
Et m'accablant du poids de votre inimitié,
J'ai trouvé la colère au lieu, de la pitié.
PASIPHILE.
Mais au sortir d'ici, que prétendiez-vous faire? Voir Eutyclès? vous plaindre? et l'entraîner?
NÉÈRE
Me taire; Et, ses jours arrachés au péril, dès demain, Pour regagner mon seuil, me remettre en chemin.
PASIPHILE.
(A part.)
Elle!... je m'en doutais.
(Haut.)
Cette femme voilée?...
NÉÈRE
Ah ! que n'ai-je trouvé la mort dans la mêlée; La mort qui seule peut me guérir!