‹ Théâtre completChapitre 103 sur 143 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

PASTPHILE,

C'était vous!

NÉÈRE

N'avais-je pas le droit de sauver mon époux?... De vous le conserver! Mais, je vous le répète, Madame, il ne faut pas que je vous inquiète; Je pars, et je pars seule, emportant mon secret, Car s'il vous aime, un jour ou l'autre il reviendrait.

Pauvre maison déserte, hélas! et regrettée,

Pour venir jusqu'ici pourquoi t'ai-je quittée?

Loin de nous, il est vrai qu'Eutyclès avait fui;

Mais, s'il n'était plus là, tu me parlais de lui.

Chaque objet pour mes yeux évoquait son image,

Tout y gardait la trace encor de son passage...

Et je ne sais pourquoi, plus ils nous sont amers,

Plus ces souvenirs-là nous restent toujours chers.

Qui sait d'ailleurs? un jour, à force de l'attendre,

Les dieux peut-être auraient fini par me le rendre ,

— Les dieux sont tout-puissants ! — tandis que désormais,

D'Eutyclès qui m'échappe oubliée à jamais,

Je sentirai s'aigrir ma douleur irritée...

ma pauvre maison, pourquoi t'ai-je quittée !

Mais on espère, on croit réussir, et l'on part... Puis, quand le repentir arrive, il est trop tard. C'est qu'on se lasse, aussi, des larmes que l'on pleure ! C'est que les jours sont longs, comptés heure par heure,

Et qu'on a beau vouloir, le courage à la fin

Vous abandonne... et vous vous mettez en chemin.,

PASIPHILE.

Pauvre femme !

NÉÈRE

Plaignez, oui, plaignez ma misère.

Je regagne sans lui le foyer solitaire Où j'avais espéré ramener mon époux ; Mais je m'étais trompée, et je comptais sans vous. Délaissée avant l'âge et veuve avant la tombe, L'épreuve a dépassé ma force et j'y succombe... Et désormais pourtant, il faut, sans me lasser, Reprendre cette vie et la recommencer.

PASIPHILE, à part.

Si jeune ! à la vertu la beauté réunie î

Fidèle à son amour quand même ! — Il l'a trahie...

Et j'ai cru m'attacher par des nœuds éternels

Cet Eutyclès parjure aux serments des autels?

C'est sa femme, elle a droit à toute sa tendresse,

Et déjà, presqu'enfant encore, il la délaisse...

Hélas! que ferait-il de moi?... Mais sans pitié,

Écrasant de mépris mon cœur sacrifié,

Il rirait, dans les bras d'une autre, de mes larmes !...

Jamais!

( Regardant Néère. )

Elle plutôt... Tant d'amour! tant de charmes ! Déjà si malheureuse, et si jeune pourtant !

Ah! s'il m'aimait?... Mais non. Son esprit inconstant

Page 1