ACTE TROISIÈME
PASTPHILE,
C'était vous!
NÉÈRE
N'avais-je pas le droit de sauver mon époux?... De vous le conserver! Mais, je vous le répète, Madame, il ne faut pas que je vous inquiète; Je pars, et je pars seule, emportant mon secret, Car s'il vous aime, un jour ou l'autre il reviendrait.
Pauvre maison déserte, hélas! et regrettée,
Pour venir jusqu'ici pourquoi t'ai-je quittée?
Loin de nous, il est vrai qu'Eutyclès avait fui;
Mais, s'il n'était plus là, tu me parlais de lui.
Chaque objet pour mes yeux évoquait son image,
Tout y gardait la trace encor de son passage...
Et je ne sais pourquoi, plus ils nous sont amers,
Plus ces souvenirs-là nous restent toujours chers.
Qui sait d'ailleurs? un jour, à force de l'attendre,
Les dieux peut-être auraient fini par me le rendre ,
— Les dieux sont tout-puissants ! — tandis que désormais,
D'Eutyclès qui m'échappe oubliée à jamais,
Je sentirai s'aigrir ma douleur irritée...
ma pauvre maison, pourquoi t'ai-je quittée !
Mais on espère, on croit réussir, et l'on part... Puis, quand le repentir arrive, il est trop tard. C'est qu'on se lasse, aussi, des larmes que l'on pleure ! C'est que les jours sont longs, comptés heure par heure,
Et qu'on a beau vouloir, le courage à la fin
Vous abandonne... et vous vous mettez en chemin.,
PASIPHILE.
Pauvre femme !
NÉÈRE
Plaignez, oui, plaignez ma misère.
Je regagne sans lui le foyer solitaire Où j'avais espéré ramener mon époux ; Mais je m'étais trompée, et je comptais sans vous. Délaissée avant l'âge et veuve avant la tombe, L'épreuve a dépassé ma force et j'y succombe... Et désormais pourtant, il faut, sans me lasser, Reprendre cette vie et la recommencer.
PASIPHILE, à part.
Si jeune ! à la vertu la beauté réunie î
Fidèle à son amour quand même ! — Il l'a trahie...
Et j'ai cru m'attacher par des nœuds éternels
Cet Eutyclès parjure aux serments des autels?
C'est sa femme, elle a droit à toute sa tendresse,
Et déjà, presqu'enfant encore, il la délaisse...
Hélas! que ferait-il de moi?... Mais sans pitié,
Écrasant de mépris mon cœur sacrifié,
Il rirait, dans les bras d'une autre, de mes larmes !...
Jamais!
( Regardant Néère. )
Elle plutôt... Tant d'amour! tant de charmes ! Déjà si malheureuse, et si jeune pourtant !
Ah! s'il m'aimait?... Mais non. Son esprit inconstant