‹ Théâtre completChapitre 74 sur 143 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Disiez-vous, Eutyclès. — Parlons franc, j'en suis aise.

— « Vous me gênez ?» — Non pas, mais c'est moi qui vous pèse.

Que j'échange avec vous l'adieu dont vous parlez,

Demain je vous verrai, de mes yeux désolés,

Près du nouvel objet d'une flamme nouvelle',

Et j.* vous entendrai, déception cruelle !

Lui redire ces mots tendrement écoutés,

Os doux'mots que pour moi je croyais inventés.

Mais non, je ne suis pas de ces femmes vulgaires,

Qu'on prend comme on les quitte, et qui n'y tiennent guères.

« T'aimer » me disiez- vous « et mourir dans tes bras! »

Je tiens votre parole, et ne vous la rends pas.

EUTYCLÈS.

Encor ! Je ne suis plus votre dupe, ma chère.

l'admirable cœur que l'on met à l'enchère !

le beau dévouement et l'amour précieux/

Quand je viens de les voir marchander sous mes yeux !

Etqu'ai-je répondu? Vous me cherchez querelle, Mon ami, mais j'aurai raison d'un infidèle Mécontent de se voir coupable et deviné...

Comme s'il n'était pas d'avance pardonné!

Causons. Ce qui te rend si dur et si maussade, C'est Pharnabaze ; avoue ? un homme lourd et fade, Qui ne parle qu'en or, qui m'offre chaque jour Si»h slupides lingots pour prix de mon amour, Et chaque jour aussi m' assommant du sa vue, Vient de sa longue suite embarrasser ma rue.

Ce qui te fâche encor, c'est ce joli concours

De blondins parfumés, creux comme leurs discours,

Et qui viennent ici comme ils vont sur la place;

Mais quand tu n'es pas là, mon ami, je les chasse,

Et je conçois à peine, étant si mal reçus,

Qu'ils reviennent chez moi compter leurs pas perdus.

EUTYCLÈS.

Eh ! c'est un tort, madame. Écoutez-les quand même. Dans la foule, il en est peut-être un qui vous aime, Tandis que moi...

Tandis que vous?... Achevez donc!

Pour ne pas tout savoir, j'en sais déjà trop long. Un doute cependant ne peut pas me suffire, Et si vous voulez rompre il faudra me le dire, Il faudra l'avouer, si vous ne m'aimez plus.

Prenez garde! mais non... je suis folle.

Vénus !

A tes pieux autels, si d'une main soumise, J'ai jamais amené la victime promise, Écoute ma prière et vois mes bras tremblants : Je te consacrerai demain deux agneaux blancs... Mais secours ma misère et soutiens ma faiblesse. Eutyclès veut me fuir et je l'aime ! Déesse, Par le bel Adonis, le chasseur cyprien, Ou refroidis mon cœur, ou réchauffe le sien !

EUTYCLÈS.

Je ne résiste plus, Pasiphile. Mon doute S'évanouit devant ton amour; mais écoute,

Page 1