ACTE PREMIER
DON ELISEO.
Et j'en ai Un poignant désespoir. Mais est-on condamné A tuer les maris dont on aime la femme?
Faut-il assassiner pour épurer sa flamme?
Je plaisante; j'ai tort. Je vous aime.
doISa caprina.
Je suis Mariée.
Oui. Pai vu votre époux. Je le suis Quelquefois dans la rue, et je fais une étude Profonde de ses goûts et de son attitude; Je t&che de saisir, pour m'en servir aussi, Le charme par lequel il a trop réussi ; Mais j'ai de mauvais yeux, car sans doute elle est claire. Je n'ai pu découvrir sa raison de vous plaire.
DOÎÎA CAPRINA.
Votre méchanceté n'a pas prise sur moi.
Une femme vraiment honnête l'est pour soi.
Que mon mari puisse être ou non votre modèle,
C'est à moi, non à lui, que je reste fidèle !
Pour vous montrer, voulant en finir aujourd'hui.
Que mon honnêteté ne dépend pas d'autrui.
Je vous dirai que j'ai pris mon mari par crainte
De mon père ; j'avais seize ans, on m'a contrainte ;
J'ai résisté longtemps, et vingt fois j'ai dit non ;
Mais il n'a jamais eu d'un mari que le nom!
J'ai cédé pour mon père, en fille, et non en femme ;
Rien de moi n'appartient à qui n'a pas mon âmel
a TRAGALDABAS.
Je n'ai donc pas d'amour, — mais j'ai d'autres liens.
Nui ne me retenant, c'est moi qui me retiens.
Le mari retiré, le mariage reste.
Je veux pouvoir sourire à la voûte céleste!
C'est ma manie.
DON ELISEO.
Et VOUS vous figurez qu'aimant Vous ne le pourriez plus! et que le firmament Serait fâché de voir une pauvre âme, en proie A la nuit, au néant, au froid, morte à la joie. Ressusciter, et vivre, et rire, et réclamer Son droit universel d'être aimée et d'aimer I Cette idée un instant peut vous sembler lucide Que ce soit un devoir du cœur, le suicide I Quand parfois vous voyez, dans quelque arrière-cour, } Une fleur qui mourait faute d'air et de jour Monter éperdument vers la brise et la flamme. Vous vous figurez donc que le ciel bleu la blâme? Vous pensez donc qu'elle est coupable de fleurir, Et qu'elle aurait mieux fait de se laisser flétrir Que de s'épanouir là-haut, gaie et superbe?
Eh bien I un cœur de femme est-il moins qu'un brin d'herbe ? Aime ! aime l et ne crains pas que le grand ciel vermeil Te reproche de boire un rayon de soleil, Et crois que Dieu, qui hait nos ténèbres moroses. Donne aux âmes l'amour ainsi que l'astre aux roses !
DO^A CAPRINA.
Il est trop tard.
DON ELISEO.
Trop tard pour rompre, A mes amours,