ACTE TROISIÈME
Ah I bien!
DO!lA GAPRINA.
Peu de filles. Je sais, usent de ce moyen ; Biais je n'ai Jamais eu les goûts de tout le monde. Sans famille, d'ailleurs, qui me gêne ou me gronde, Je suis libre de vivre ainsi que je Tentends. Sitôt qu'une fillette a seize ou dix-sept ans Et que son cœur commence à devenir plus tendre. On lui dit de baisser la paupière et d'attendre. Elle attend* Passe alors un cavalier, puis deux. Puis trois, quelquefois laids et quelquefois hideux, Entre lesquels, malgré son idéal qui brille, n faut en choisir un — ou personne. Une fille Qui suit tranquillement les chemins réguliers Prend son mari parmi quatre ou cinq cavaliers Qui, s'ils veulent, seront les derniers de la ville : n me plaît de choisir le mien entre cent mille 1
Rien que cela I Peste 1
DOllA GAPRINA.
Or, pour se coudre aux talons Ge que Gadiz contient de galants bruns ou blonds. Pour allumer partout l'amour et la folie, La grande question n'est pas d'être jolie.
Mais d'être mariée ! Alors ils viennent tous. Hélasl les jeunes gens trouvent cela si doux De prendre sans donner ! Ah ! plus d'une est fêtée, Et par les plus hautains se voit sollicitée, Et noue à ses regards un peuple d'amoureux,
es TRÂGALDABAS.
Qui n'a de bien channant qu'un mari bien affreux! Je ne conçois donc pas par quel enfantillage Les filles tout d'abord parlent de mariage, Gomme si le pêcheur, pour prendre le poisson. Allait tout bonnement lui montrer l'hameçon 1 Mieux vaut, pour attirer cette espèce hésitante. Revêtir l'hameçon d'un appât qui la tente.
Et sur le mariage, adroitement couvert.
Étaler un mari 1
Dis donc, je suis ton ver 1
DOfiA GAPRINA.
Alors, mon cher cousin, on ne s'est pas montrée
Que lettres et bouquets font chez vous leur entrée.
Et, dès qu'on a le pied dans la rue, il vous pleut
Des prétendants avec tous les serments qu'on veut
Il s'agit d'en prendre un au mot, mais pas trop vite :
Une ombre de soupçon les mettrait tous en fuite 1
On lui laisse le temps de se bien engager ;
On doit l'encourager, puis le décourager.
Le faire un peu souf[k*ir, un jour tendre ou pensive,
Froide l'autre, pourtant sans rigueur excessive.
Car il faut espérer pour désirer vraiment;
Et, quand il est à point, quand, fou de ce tourment,
A genoux, implorant le mot dont on l'affame.
Il dit : « Je suis à toil mon bien, mon sang, mon Ame,
Prends touti vivre sans toi, c'est ce que je ne puis;
Pourquoi n'es-tu pas libre? » on lui dit : «Je le suial »
Cest l'instant difficile, et je ne dis pas certe
Qu'il ne se puisse pas que l'amoureux déserte;