ACTE PREMIER
BRUEL
Tu es une bonne fille, Andrée. Tu méritais un père plus heureux.
ANDRÉE
Qu'on essaye de te changer! (Eiie l'embrasse. — Bruei sanglote.) AUous, du courage ! Tu ne vas pas, toi un homme, être moins brave qu'une petite fille. Voyons, voyons, il n'y a qu'un malheur, et nous sommes deux.
JEAN BAUDRY
Nous sommes trois!
BRUEL, se levant.
Cher Baudry !
JEAN BAUDRY
Je vous préviens qu'à partir de ce moment, vous n'allez plus pouvoir vous débarrasser de moi ; je vais vous assommer de ma présence. D'abord, je suis venu vous chercher, je vais vous ramener tout de suite au Havre. Il faut nous montrer, rassurer les inquiets, payer les impatients.
BRUEL
Avec quoi?
JEAN BAUDRY
En cherchant bien, nous trouverons.
BRUEL
Pas d'illusions, c'est la faillite.
JEAN BAUDRY
Allons donc !
94 JEAN BAUDRY
ANDRÉE
La faillite!
BRVEL.
Depuis six mois, j'ai lutté; aujourd'hui je suis vaincu. Ma dernière espérance est noyée. J'étais sur le Neptune, j'ai sombré avec lui.
JEAN BAUDRY
Un plongeon! On en revient. Voyons, j'en suis! Un bon coup de pied au fond de l'eau, et nous remonterons.
lîRUEL.
Impossible !
JEAi\ BAUDRY.
Essayons toujours! C'est moi qui commande la manœuvre. Attention ! le sauvetage va commencer. — Trois heures. Le chemin de fer a un départ à quatre heures : vous avez vingt-cinq minutes pour votre malle.
ANDRÉE
J'y vais.
JEAN BAUDRY
Ah! il est inutile qu'on se doute de notre position. Pas un mot à personne. Pas même à madame Gervais. Trouvez un prétexte. Vous savez que, s'il y a un lâche au monde, c'est le crédit.
ANDRÉE, A part.
La faillite!
JEAN BAUDRY
Je vous attends. — Quelqu'un! chut!