‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 3 sur 459 · A Uiit · texte numérisé non relu

A Uiit

'Jll NOTIOa SUR LA VIB

Andromaqut paroît, et Racine est révélé, Racine, na- ;uère disciple et copiste de Corneille , maintenant ci éateur d'un nouveau genre de tragédie, et fondateur d'une nouvelle école.

Par un heureux caprice du génie, Racine fit succv^der immédiatement aux épouvantables fureurs d'Oreste le pathétique burlesque de l'Intimé. Euripide devint Aristophane et l'héroïque enthousiasme fit place à la verve satirique.

Racine sembla ensuite vouloir lutter avec Corneille sur le terrain de l'histoire, où ce grand homme avoit tant de fois triomphé. Tacite lui servit de guide et de soutien. Cet historien, qu'il appelle lui-môme le plus grand peintre de l'antiquité, lui fournit quelques traits : disons mieux, il lui prêta ses couleurs et son pinceau. Britannicus est resté l'un des chefs-d'œuvre de son auteur et de la scène françoise.

Une princesse eut la noble fantaisie de voir représenter sur le théâtre l'histoire secrète de son cœur. Les deux maîtres de la scène. Corneille et Racine, furent chargés, à l'insu l'un de l'autre, de retracer les amours récentes d'Henriette d'Angleterre et de L>ouis XIV sous les noms antiques de Bérénice et de Titus. Fontenelle appelle cette concurrence «n duel; mais, convenons-en, ce duel ne fut pas réglé selon toutes les lois de l'honneur. Dans un sujet tendre, dont il falloit déguiser lafoiblesse par une élégance continue de style , Racine à l'avantage de la jeunesse et de la force joignoit l'avantage du terrain et des armes.

La plus magnifique des expositions, et le plus vrai, le plus profond des caractères politiques mis au théâtre, distinguent la tragédie de Bajazet; et de telles beautés couvriroient de leur éclat de bien plus grands défauts que ceux qu'il est permis d'y remarquer. Bajazet, sous le doliman, semble aimer comme un François de la cour de Louis XIV; mais Roxane a bien toutes les fureurs d'un amour de sérail , qui brave le cordon des muets ou le sabre des janissaires.

Si Corneille avoit excellé dans la neinture des vieux Romains, lorsque avant d'être oppriœè« «nn-mêmes ils étoient

Page 1