‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 419 sur 459 · JOAD, ABNER · texte numérisé non relu

JOAD, ABNER

ABNBR.

Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel j

Je viens , selon l'usage antique et solennel ,

Célébrer avec vous la fameuse journée

Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée.

Que les temps sont changés ! Sitôt que de ce jour

La trompette sacrée annonçoit le retour,

Du temple, orné partout de festons magnifiques.

Le peuple saint en foule inondoit les portiques ;

Et tous, devant l'autel avec ordre introduits.

De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux frahi

Au Dieu de l'univers consacroient ces prémices :

Les prêtres ne pouvoient suflSre aux sacrifices.

L'audace d'une femme, arrêtant ce concours.

En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.

D'adorateurs zélés à peine un petit nombre

Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre '.

js reste pour son Dieu montre un oubli fatal ,

)u même, s'empressant aux autels de Baal*,

1. Athalie fut représentée pour la première foia sur le thé&tre F^rançais, le jeudi 3 mars ni6.

2. Baal, idole des Phéniciens, adoptée par les habitants dn rojMune d'Israël, qui mêlaient au coite de celte fausse divinité des cérémoniw Uifftmes.

67? ATHALIB.

Se fait initier à ses lionteux mystères. Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères. Je tremble qu'Athalie, à ne vons rien cacher, Vous-même de l'autel vous faisant arracher, N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes, Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.

JOAD

D'où vouB vient aujourd'hui ce noir pressentimentl

ARNCn.

Pensez-vouB être saint et juste impunément?

Dès longtemps elle hait cette fermeté rare

Qui rehausse en Joad l'éclat de la tiare ;

Dès longtemps votre amour pour la religion

Est traité de révolte et de sédition.

Du mérite éclatant cette reine jalouse

Hait surtout Josabeth , votre fidèle épouse.

Si du grand-prêtre Aaron Joad est successeur,

De nôtre dernier roi Josabeth est la sœur.

Mathan, d'ailleurs, Mathan , ce prêtre sacrilège,

Plue méchant qu'Athalie , à toute heure l'assiégej

Mathan , de nos autels inrâme déserteur,

Et de toute vertu zélé persécuteur.

C'est peu que, le front ceint d'une mitre étrangère,

Ce lévite à Baal prête son ministère ;

Ce temple l'importune, et son impiété

Voudroit anéantir iB Dieu qu'il a quitté.

Pour vous perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invent«}

Quelquefois il vous plaint, souvent même il vous vante;

Il affecte pour •vous une fausse douceur,

Et, par là de son fiel colorant la noirceur.

Tantôt à cette reine il vous peint redoutable.

Tantôt, voyant pour l'or sa soif insatiable.

Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connoissex,

Vous cachez des trésors par David amassés.

Enfin, depuis deux jours, la superbe Athalie

Dans an sombre chagrin parolt ensevelie.

Je l'observois hier, et je voyois ses yeux

Lancer sur le lieu saint des regards furieux :

Comme si, dans le fond de ce vaste édifice.

Dieu cachoit an vengeur armé pour son supplice.

Crojrez-moi, plu» J'y pense, et moins je puis douter

Que sur vous son courroux ne soit prêt d'éclater,

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