ET LE THEATRE DB RACINE. XT
pas croire à ce retour, et il ne devoit pas en être le témoin Voltaire, nous l'avons vu, appeloit Iphigénie « le chefd'œuvre du théâtre; » mais il appeloit AthcUte « le chef d'œuvre de l'esprit humain. » Vouloit-il par là faire entendre qa'Athalie est plus qu'une tragédie , et que le théâtre n'en est pas digne î On seroit tenté de le croire. Depuis qu'enfreignant l'expresse volonté de Racine et de Louis XIV, on a transporté cette œuvre toute divine sur une scène toute profane, il a toujours semblé que la majesté du sujet écrasoit les comédiens assez hardis pour le représenter : c'est comme l'arche sainte, frappant de mort le téméraire qui osoit y porter la main.
Racine fut souvent malheureux, et malheureux par les objets mômes de ses affections : c'est le sort ordinaire de «eux qui ont l'âme sensible. Il aima passionnément la gloire; et, sans avoir jamais goûté pleinement ses douceurs, il sentit, dans toute leur amertume, les peines qui y sont mêlées. Sa carrière dramatique, quoique semée de chefs-d'œuvre, fut marquée presque alternativement par des succès disputés ou par des chutes non méritées ; et il y fut arrêté, bien loin du terme où il pouvoit atteindre, par un de ces affronta sous lesquels le génie succombe. La piété, qui avoit contribué à l'écarter du théâtre, se chargea pour ainsi dire ellemême de l'y ramener; et il fut puni de sa docilité par une injustice plus cruelle encore que la première, et qu'il ne vit pas réparer. Si, suivant l'expression de madame de Sévigné, il en étoit venu à aimer Dieu comme U avoit aimé ses mattresses, il avoit toujours aimé son roi avec une vivacité, une ardeur qui tenoit des deux autres amours ; et cette troisième passion fut pour lui la cause d'un chagrin profond qui empoisonna et peut-être accéléra la fin de ses jours. Un mémoire , où il retraçoit la misère des peuples , et que Louis XTV surprit entre les mains de madame de Main tenon, qui avoit promis de taire le nom de l'auteur et qui n'en eut pas le courage, fit sortir de la bouche ûu monarque quelques paroles scrères dont Racine fut trop afQigé. Un
iU NOTICE SUR LA VIE ET LE THEATRE DE RACINE,
des maux du corps que les peines de l'âme aggravent le plus, un abcès au foie avoit déjà depuis quelque temps altéré profondément sa santé. A la suite de sa disgrâce, le m al parut faire des progrès plus rapides, et il y succomba i près deux années de vives souffrances. Le plus parfait de nos poëtes, le Virgile françols, Racine mourut le 22 avril \fi90, avant d'avoir aUeint sa soixantième année.