‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 6 sur 459 · DUC DE SAINT-AIGNAN · texte numérisé non relu

DUC DE SAINT-AIGNAN

PAIR DB FBANCS.

MONSKIGNECR,

ie ^ons présente un ouvrage qui n'a peut-être rien de coBsidérable que l'honneur de vous avoir plu. Mais véritablement cet honneur est quelque chose de si grand pour moi, que, quand ma pièce ne m'auroit produit que cet avantage, je pourrois dire que son succès auroit passé mes espérances. Et que pouvois-je espérer de plus glorieux que l'approbation d'une personne qui sait donner aux choses un juste prix, et qui est lui-même l'admiration de tout le monde? Aussi, Monseignedr, si la Thébaide a reçu quelques applaudissements, c'est sans doute qu'on n'a pas osé démentir le jugement que vous avez donné en sa faveur; et il semble que vous lui ayez communiqué ce don de plaire qui accompagne toutes vos actions. J'espère qu'étant dépouillée des ornements du théâtre, vous ne laisserez i)as de la regarder encore favorablement. Si cela est, quelques

I. François de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan, l'un des quarante do l'Académie française, et membre de celle des Ricovrati de Padoue, était on («ignear distingué par son esprit autant que par ts 'aleur.

4 ÉPITRE DÉDICATOÎRB.

ennemis qu'elle puisse avoir, je n'appréhende rien pour elle, puisqu'elle sera assurée d'un protecteur que le nombr des ennemis n'a pas accoutumé d'ébranler. On sait, Monseigneur, que, si vous avez une parfaite connoissance de» belles choses, vous n'entreprenez pas les grandes avec un courage moins élevé, et que vous avez réuni en vous ces deux excellentes qualités qui ont fait séparément tant de grands hommes. Mais je dois craindre que mes louanges ne vous soient aussi importunes que les vôtres m'ont été avantageuses : aussi bien , je ne vous dirois que des choses qui sont connues de tout le monde, et que vous seul voulez ignorer. Il suffit que vous me permettiez de vous dire, avec UD profond respect, que Je suis.

MONSBIGNBDR,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

RACINE

PREFACE

Le lecteur me permettra de lui demander un peu plu» d'indulgence pour c«tte pièce que pour les autres qui la suivent; j'étois fort jeune quand je la fis. Quelques vers que j'avois faits alors tombèrent par hasard entre les mains de quelques personnes d'esprit; elles m'excitèrent à faire une tragédie , et me proposèrent le sujet de la Thébaïde. Ce sujet avoit été autrefois traité par Rotrou, sous le nom à'Antigone; mais il faisoit mourir les deux frères dès le commencement de son troisième acte. Le reste étoit en quelque sorte le commencement d'une autre tragédie, où l'on entroit dans des intérêts tout nouveaux; et il avoit réuni en une seule pièce deux actions différentes, dont l'une sert de matière aux Phéniciennes d'Euripide , et l'autre à VAntigone de Sophocle. Je compris que cette duplicité d'action avoit pu nuire à sa pièce, qui d'ailleurs étoit remplie de quantité de beaux endroits. Je dressai à peu près mon plan sur les Phéniciennes d'Euripide; car, pour la Thébaïde qui est dans Sénèque, je suis un peu de l'opinion d'Heinsius, et je tiens, comme lui, que non-seulement ce n'est point une tragédie de Sénèque, mais que c'est plutô» l'ouvrage d'un déclamateur, qui ne savoit ce que c'étoit que tragédie.

La catastrophe de ma pièce est peut-être un peu trop

I PRÉFACE

sanglante ; en effet , Il n'y paroît presque pas un acteur qui ne meure à la fin : mais aussi c'est la Thébaïde, c'est-àdire le sujet le plus tragique de l'antiquité.

L'amour, qui a d'ordinaire tant de part dans les tragédies, n'en a presque point ici; et je doute que je lui en donnasse davantage si c'étoit à recommencer; car il faudroit, ou que l'un des deux frères fût amoureux, ou tous les deux ensemble. Et quelle apparence de leur donner d'autres intérêts que ceux de cette fameuse haine qui les occupoit tout entiers? Ou bien il faut jeter l'arhour sur un des seconds personnages, comme j'ai fait; et alori^ette passion, qui devient comme étrangère au sujet, ne peut produire que de médiocres effets. En un mot, je suis persuadé que les tendresses ou les jalousies des amants ne Bauroient trouver que fort peu de place parmi les incestes, îes parricides, et toutes les autres horreurs qui composent l'histoire d' Œdipe et de sa malheureuse fimille.

LA THÉBAlDE

PERSONNAGES

ÈTéOCLE, roi de Thèbes.

POLYNICE, frère d'Étéocle.

JOCASTE*, mère de ces deux princes et d'Antigoo».

ANTIQONE, sœur d'Étéocle et de Polynice.

CRÉON, oncle des princes et de la princesse.

HÉMON, fils de Créon, amant d'Antigona.

OLTMPB, îonfidente de JocastJ.

ATTALE, confident de Créon.

UN SOLDAT de l'armée de Polynice.

UN PAOB.

OARDBS.

La scène est à Thèbes, dwis un« salle du palai$.

1. Dans les premières éditions on lit locaste. Racine a depuis changé cette orthographe ; mais il l'a laissée subsister dans le seul vers de la pièce où Jocaste soit nommée, à la fin de la denii4n •cène.

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