I. Cerretpoudaïue littéraire
3. Le mois précédent, à la date du 28 décembre 1766, Bactiaoïnont avait parlé en ces termes de Beamnarchais et de la prochaine représentation d'Engénie .* • On annonce ans Français une comédie larmoyante , intitulée : Eugénie^ ou la vertu malheureuse. Cette pièce, toute romanesque, est prftnde avec beanooop d'emphase. Elle est d'un homme fort répandu sans avoir aucune considération : c'est un nommé Caron de Beaumarchais, peu connu dans la littérature. Ses premiers ans ont été employés k acquérir des talents mécaniques. Fils de Caron, horloger, il avait suivi l'état de son père avec succès... Il est parvenu à approcher de la cour, il a été assez heureux pour y plaire par ses talenta et d'en profiter pour se ménager des grftces qui l'ont mis en état de faire une fortune ooosidéraNe. Les moru successives du mari d'une femme quTil aimait et qu'il a épousée ensuite, ainsi que de cette même femme après lai avoir ftit une donatioo de tout son bien, jettent sur sa réputation on vernis
Un peu plus tard, c'est La Harpe qui, dans un jugement général sur Beaumarchais^ parle ainsi ^Eugénie :
En relisant Eugénie^ je me suis convaincu plus que jamais, par une épreuve trè8--désintéressée, qu'il y avait de très^bonnes raisons du peu de cas qu*on fait généralement du drame en prose. Il y a ici de Tintérêt dans le sujet et des situations faites pour le théâtre, et pourtant la lecture ne produit aucune émotion quelconque, et rien de plus que la curiosité... Un drame de cette espèce ne mUnspire guère, à la lecture, d'autre sentiment que le désir d'avancer et d'être au £ût; quand j'y suis, tout est dit; l'ouvrage est oublié, et je n'y reviendrai jamais : mon imagination n'y a rencontré rien que je désire retrouver \
Puis vient Fiévée^ Jt aimable auteur du joli roman La Dot de Suzette:
A la représentation d'une pièce comme Eugénie^ on peut s'amuser, trouver que l'actrice pleure bien ou qu'elle pleure mal, qu'elle tombe à genoux adroitement, qu'elle s'évanouit à mer-
peu favorable. Il a été refusé dans diverses charges dont il voulait se pourvoir. «
Quelques années après, le bruit courut que Beaumarchais avait empoisonné successivement se* troit femmet. Voltaire parle de cette rumeur dans une lettre au comte d'Argental : « Je persiste à croire que Beaumarchais n'a jamab empoisonné personne, et qu'un homme si gai ne peut être de la famille de Locuste. » (3i janvier 1774.) Cette lettre donna même lieu à une amusante aventure rapportée par l'un des éditeurs de Voltaire (édition de i832, tome 96). On donnait au Théâtre- Français Eugénie, Beaumarchais, voulant juger par lui-même de l'effet que produisait son drame sur le public, était au parquet, voisin d'un monsieur qui, après avoir déchiré la pièce, n'épargna pas l'amtenr, et dit « qu'ayant dîné ce jour-là même chez M. d'Argental, il avait entendu lire une lettre de Voltaire, lequel s'obstmait à soutenir que Beaumarchais n'avait pas empoisonné ses trois femmes, fait dont on était bien sûr parmi messieurs du parlement. » Beaumarchais le laissa dire, et, quand il eut fini : • Il est si vrai, monsieur, fit-il, que ce misérable homme a empoisonné ses trois femmes, quoiqu'il n'ait été marié que deux fois, qu'on sait, de plus, au parlement Maupeou, qu'il a mangé son père en salmis, après avoir étouffé sa mère entre deux épaisses tartines, et j'en suis d'autant plus certain que je suis ce Beaumarchais-là I... »