‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originaux (volume 2)Chapitre 79 sur 184 · I. Variante · texte numérisé non relu

I. Variante

EUGÉNIE, i5o

Le Comte.

L'ambition m'égarait, l'honneur et Tamour me ramènent à vos pieds Nos beaux jours ne sont pas finis.

Eugénie, les yeux fermés et levant les bras, Qu*on me laisse qu'on me laisse

Le Comte, avec feu.

Non, jamais. Écoutez-moi. Cette nuit, en vous quittant, le cœur plein d'amour pour vous et d'admiration pour un si noble ennemi (// montre Sir Charles en se levant)^ j'ai couru me jetter aux pieds de mon oncle et lui faire un aveu de tous mes attentats. Le repentir m'élevait au-dessus de la honte. Il a vu mes remords, ma douleur ; il a lu l'acte faux qui atteste mon crime et votre vertu. Mon désespoir et mes larmes Tont £Eiit consentir à mon union avec vous ; il serait venu lui-même ici vous Tannoncer ; mais, le dirai-je ? il a craint que je ne pusse jamais obtenir mon pardon. Prononcez, Eugénie, décidez de mon sort.

Eugénie, d'une voix faible^ lente et coupée.

C'est vous!... J'ai recueilli le peu de forces qui me restent

pour vous répondre ne m'interrompez point je

rends grâce à la générosité de Milord Duc je vous crois

même sincère en ce moment mais l'état humiliant dans

lequel vous n'avez pas craint de me plonger Topprobre

dont vous avez couvert celle que vous deviez chérir, ont rompu tous les liens

Le Comte, vivement.

N'achevez pas. Je puis vous être odieux ; mais vous m'ap-

i6o EUGÉNIE.

partenez,mes forfaits nous ont tellement unis l'un à l'autre...

Eugénie, douloureusement.

Malheureux L.. qu'osez-vous rappeler?

Le Comte, avec feu.

J'oserai tout pour vous obtenir. Au déâiut d'autres droits, )e rappellerai mes crimes pour m'en faire des titres. Oui, vous êtes à moi. Mon amour, les outrages dont vous vous plaignez, mon repentir, tout vous enchaîne et vous ôte la liberté de refuser ma main; vous n'avez plus le choix de votre place, elle est fixée au milieu de ma famille : interrogez l'honneur, consultez vos parens, ayez la noble fierté de sentir ce que vous vous devez*.

Le Baron, au Comte.

Ce qu'elle se doit est de refuser l'offre que vous lui Eûtes. Je ne suis pas insensible à votre procédé, mais j'aime mieux la consoler toute ma vie du malheur de vous avoir connu que de la livrer à celui qui a pu la tromper une fois. Sa fermeté lui rend toute mon estime.

Le Comte, pénétré.

Laissez-vous toucher, Eugénie ; je ne survivrais pas à des refus obstinés.

Eugénie veut se lever pour sortir^ sa faiblesse la fait

retomber assise.

Cessez de me tourmenter par de vaines instances ; le parti que j'ai pris est inébranlable : j'ai le monde en horreur.

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