PREMIÈRE REPRÉSENTATION
14 Premières loges* à
48 livres.
672 livres.
2 Balcons à
37 — 10 sous.
8 Deuxièmes loges à
5 Troisièmes — à
8 Petites -^ à
275 Premières places à
45o Parterres à
A la onzième et dernière représentation^ les premières loges^ les balcons^ les deuxièmes loges ^ sont vides. Voici cette triste recette :
2 Troisièmes loges à
20 livres.
40 livre».
6 Petites — à
47 Premières places à
61 Secondes' — à
3i Troisièmes — à
279 Parterres à
A la reprise de iyS3f reprise qui est un fait nouveau que personne n'avait relevé jusqu'à ce jour ^ et qui est confirmé par les registres de la Comédie^ les deux représenta^ tions eurent lieu, le mercredi 12 et le vendredi 14 février. Le mercredi, la recette s'éleva à 2,855 livres 10 sous. Selon /e Journal de Paris, du vendredi 14 février 1 783, l'auteur des
1. Ces recettes, si on vent bien les lire de près, contiennent en elles-mêmes tout un enseignement; elles sont l'indiscntable reflet des impressions da public.
2. Voir, sur la disposition de ta salle, une brochure de M. J. Bonnassies sur les anciens bâtiments de la Comédie (pages 10 et suivantes). Paris, in-8 •,
3. Les secondes et troisième places étaient sans doute remplies à la première représentation par les entrées de faveur. Voyez là-dessus les Mémoires de Lekain.
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Deux Amis « avait abandonné le produit* de sa pièce au « sieur de la Porte (sic), souffleur de la Comédie*^ et cela « pour des raisons particulières,^ Le drame des Deux Amis, joué à Vorigine par Préville, Brifard, Molé^ Belcourt, Pin, Feuillie^ et par mademoiselle Doligny, le fut, à la reprise de %j^3, par PrévillCy Vanhove^ Fleury, Da^incourt et cette même mademoiselle Doligny. On trouvera sur tous ces artistes de longs détails biographiques^ que nous ne pouvons donner ici, dans un excellent et précieux ouvrage de M. de Manne : La Troupe de Voltaire*. Voici néanmoins un détail nouveau et qui a son importance; il est relatif à fac" teur Feuillie.
M. Guillard nous apprend que cet artiste avait été désigné par Beaumarchais pour jouer le rôle de Figaro dans le Barbier de Sévilie. Une note autographe de fauteur des Deux Amis, retrouvée depuis, en fait foi. Le bout de rôle de ce niais d'André avait donc révélé chef Feuillie de grandes aptitudes comiques aux yeux de Beaumarchais. Nous dirons aussi quelques mots sur mademoiselle Doligny. Elle avait été reçue au Théâtre-Français en 1 764, et demeurait rue de Seine lors des représentations des Deux Amis. Elle quitta le théâtre à la clôture de 1783*, avec une pension de
I. Sur ce qui revenait aux auteurs du produit de leurs pièces, voyez la note 3 de la page 14.
3. L'Almanach des tpectacles de l'année 1784 qualifie le sieur Delaporte de secrétaire, répétiteur et souffleur. Si l'on s'étonne de cette accumulation d'emplois si divers, on n'a qu'à lire au tome VII de la Revue rétrospective (3"« série, page 48(5) la pétition adressée par le sieur Domy, souffleur dans la troupe de S. A. le prince d'Orange, à MM. les comédiens ordinaires du Roi, en leur hôtel à Paris. On y verra dépeintes toutes les qualités nécessaires au difficile métier de souffleur. Le sieur Delaporte demeurait vis-à-vis du TTiéâtre- Français, rue de Vaugirard, n« ii3. « La quittance de ce produit, signée du sieur Delaporte, existe dans les archives de la Comédie», ajoute le Journal de Paris. Nous n'avons pu l'y trouver malgré toutes nos recherches.
3. Pages 119, 1 3 5, i53, 167, 31 3. Voyez aussi la note a delà page i5. Pour la reprise de 1783, on pourra consulter la Troupe de Talmûf par le m&me auteur.
4. Elle joua pour la dernière fois le 5 avril 1783. M. de Manne fait erreur
i,5oo lirrês de la Comédie f et une autre j sur la cassette particulière du Roi^ de 5oo livres. Beaumarchais/ait peut^ être allusion au talent de cette artiste dans cette phrase de la première scène du premier acte des Deux Amis :
Figure charmante 1 Organe flexible et touchant , de l'flme surtout!..,. Une jeune actrice se fait toujours assez entendre lorsqu'elle a le talent de se faire écouter.
Ces vers que lui adressait, en 1766, le marquis Dudqyer de Gastels*, semblent nous le /aire croire :
Qael est ce chairoe que {Ignore, Doligny? Viens me révéler Comment, à pane à ton aurore, Tu peux m'agiter, me troubler, Me remplir de tendres alarmes, M'arracher de si douces larmes, M'afiBiger et me consoler?
Etc.
Une sensibilité extrême et une grâce touchante étaient^ on le voitf les qualités prédominantes de mademoiselle Doligny.
Si la pièce n'eut pas de succès*, la faute en fut à Fauteur, et non aux artistes, et le Journal de Paris du 1 3 février 1783 parle en ces termes de ceux qui reprirent le drame à cette époque :
Us se sont surpassés eux-mfimes. Ils ont obtenu et mérité beaucoup d'applaudissements.
en disant le 33. Le Théfttre-Français fit en effet sa clôture annuelle le 5 arril et ne rouvrit ses portes que le lundi 28 du m^e mois. Il n'est trace d'aucune représentation durant la fermeture.
I. Le marquis Dudoyer de Gastels, qui devait en 1 789 épouser M"* Doligny, avait tout d'abord éprouvé pour elle une vive passion. Elle n'y répondait pas, et sur ses refus il avait fait une comédie intitulée : Adélaïde^ ou l'Antipathie pour t amour (2 actes en vers). Le marquis de Gastels, avant de se consacrer au théâtre, s'était occupé de sciences avec succès.
3. Le drame des Deux Amis^ qui ne put s'établir à Paris, fut cependant maintes fois joué en province, et surtout dans les villes commerçantes.
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Nous ayons dit en commençant combien la critique s* étatt montrée sévère à Végard de Beaumarchais \ et nous allons passer en revue tous les jugements des contemporains les plus marquants^ jugements implacables^ mais, il faut le dire, vrais et mérités.
Fréron*, dans sa fameuse Année littéraire, trouve des plus mauvais le drame de Beaumarchais, et il ajoute :
Tant que Monsieur de Beaumarchais ne sortira pas de ce
I. Beaumarchais était loin de croire attoré le ioccès de» Deux Awti$; la lettre taivante, écrite le ao iioTembre 1769 ans Sodétairet de la Comédie- . Française, en fait foi :
t Mesùeurs et Mesdames,
t J'accepte l'engagement que toqs Toalés bien prendre avec moi de Jouer ma pièce définitivement le 10 janvier prochain. Ancon mécontentement qoe i'ensse reçn de vous ne me portait à retirer mon mannscript. Mais vous savés que plus nn ouvrage a été attendu, plus il est sévèrement jugé. Il semble alors que le public veuille punir l'auteur de la témérité qu'il a eu de se faire désirer si longtemps, et les plaisans ajoutent : pour si peu de chose encore, it n'ay pas un amour propre assés mal réglé pour croire que la privation de mon ouvrage fit un grand tort cet hiver A la Comédie-Française, -et j'atribue à votre politesse tout ce que vous me dites d'obligeant à son sujet, comme je rendray grâces à vos talents de son succès. En reconnoissance je dois vous faire part d'une réflexion qui me soutient un peu contre les terreurs du i** jour, c'est que vous vous êtes rendus en quelque façon garants envers le public de la bonté de l'ouvrage par la nouvelle adoption que vous venés d'en faire et que vous partagerés désormais avec moi tous les soucis de la paternité.
t Ce nouveau point de vue doit vous engager à me prodiguer vos avis aux répétitions, car la part que nous avons à cet enfant commun a cela de différent que je l'ai conçu avec plaisir dans le silence, et qu'il y a tout à craindre que vous ne l'enfantiés avec douleur parmy les cris et le tapage. Puisse-t-il, lorsqu'il sera au monde, nous dédomager de ce pénible instant, moy par un grand succès, et vous par la plus abondante recette.
« Ce sont les vœux sincères de celui qui s'honore d'être, avec la plus parfaite reconnoissance,
c Messieu's et Mesdames,
« Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
« Signé : CAaoN db Beaumarchais.
• Paris^ ce 37 novembre 1769. •
L'original de cette lettre fait partie de notre cabinet. Nous lui avons conservé son orthographe en la citant, a. Tome VI de l'année 1770, page 73.
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genre étroit et plat qu'il paraît avoir embraasé; je lui consdlle de ne pas briguer les honneurs de la scène.-
Voici quelques extraits de Bachaumont qui donnent en même temps sur les représentations des Deux Amis d'amu' sants détails anecdotiques. A la date du i5 janvier 1770, Bachaumont * écrit :
Cette pïhctf prdnée d'avance avec beaucoup d'emphase, a attiré une affluence prodigieuse, et Madame la duchesse de Chartres * l'a honorée de sa présence. L'auteur y a fait entrer des scènes si analogues aux circonstances du jour, qu'il avait excité une curiosité générale. C'est une double banqueroute qui fait l'intrigue du drame; mais le sujet, défectueux en lui-même, a encore plus révolté par la manière dont il a été présenté. On y a pourtant trouvé des scènes heureuses et produisant le plus cendre intérêt. Quoique les spectateurs paraissent en général avoir proscrit cette pièce, elle a encore des défenseurs. Elle a eu un succès plus marqué hier', mais qu'on attribue à un redoublement de cabale ; s'il se soutient, on en parlera plus amplement.
A la date du 20 janvier :
Les représentations successives* des Deux Amis ont encore essuyé beaucoup de contradiction. Dans l'une, à l'occasion de l'imbroglio fort mal développé du drame, un plaisant s'est
1. Mémoiret secrett. Londres, chez John Adamson. Bachaumont, n'étant mort que le 38 avril 1771, a pu dire son mot sur ce drame des Deux Amis, C'est chez M»« Doublet de Persan que furent élaborés ces fameux mémoires si curieux pour l'histoire du XVIII* siècle. Le salon de M** Doublet était le rendez*vou8 de tous les hommes d'esprit du temps, et c'est de là que sortaient généralement tontes les nouvelles vrûes ou fausses.
3. Lonise-Marie-Adélalde de Bourbon-Pentbiivre, née le 33 mars 1753, morte à Ivfy-sur-Selne le 33 juin 1831, avait épousé, le 5 avril 1769, Louis- Philippe-Joseph, duc de Chartres, mort le 6 novembre 1793.
3. La deuxièoie représentation ayant eu lieu le i5, c'est sans doute le 16 qu'écrivait Bachaumont.
4* Du i3 au 3o (indusivament) la pièce fat jouée qoatre fois, comme 00 l'a vu plus haut
écrié du fond du ptitenre : « Le mot de l'énigme «u prochain Mercure. » L'auteur a cependant été obligé de fiûre beaucoup de changements, qui répugnaient à son amour-propre, nuds que les Comédiens ont exigés.
A la date du Z février :
C'est aujourd'hui la dixième et dernière* représentation du Drame des Deux AmiSf qui va s'éteindre enfin après une agonie plus longue que de coutume. Heureusement, Tamour-propre de l'auteur le défend contre la désertion générale du public, et lui fiût mettre sur le compte du mauvais goût, du défiiut de moeurs, de la frivolité, ce qui n'est que l'effet du dégoût, de l'ennui et de l'indignation. La critique la meilleure, la plus vraie et la plus fine de cette pièce, est la pasquinade d'un plaisant qui a écrit au bas d'une affiche où l'on annonçait les Deux Amis : « Ici on joue au noble jeu de Billard * ». En effet, ce drame n'est autre chose qu'une apologie des banqueroutiers, où l'on cherche à Intéresser en faveur d'un homme de cette espèce, et à donner comme louable, comme vertueuse, comme l'effort de l'amitié la plus héroïque, une infidélité véritable, vicieuse dans son essence, et qui, sous quelque belle couleur qu'on la présente, quelque motif épuré qu'on lui donne, est digne de toute Tanimadverston de la justice.
A la date du 5 février:
On est toujours curieux de ce qui sort de la bouche de Mademoiselle Arnould*, le Piron femelle pour les ripostes et les
I . Cett là nne erreur, paisqae la onzième et dernière reprèientatiott fot donnée le rarlendemaln 5 féTrier.
9. Le lienr Billard, caissier génère! de la pœte, aidé de l'abbé Grisel, son confetsear, venait de faire une banqueroute finndalenie de plniienrs nUlioae. (Note de M, RaweneL)
3. On peut consulter, au sujet de cette célèbre actrice, VAmoldiama^ par P. F. Alberic DevUle (Paris, i8i3, in-ia), et aussi l'ouvrage que lui ont consacré MM. E. et J. de Gonooart (Paris, Ponlet-Malassis, in-is). Il existe des exemplaires avec un carton qui prouve à quel point Sophie Arnould avait le cuite du root |nste. Ses mémoires, paras en i837 (Paris, Allaidin, a voL Id-9*), sont une œuvre apocryphe due au baron de T^mothe Langon.
niUiet. Moiitieur Garon de Beaumarchais, l'auteur dea Deux Amis, dénigrant POpéra actuel devant elle : c Voilà, diiait-il, une bien belle salle, mais tous n'aurez personne à votre ZorO' astre ^ — Pardonnez-moi, reprit-elle, vos Deux Amis nous en enverront. »
On lit encore ce qui suit^ non sans intérêt^ à la date du 2^ avril 1770:
On prétend que l'auteur du placard affiché k la porte du Contrôle général, où il était écrit : « Ici on joue au noble jeu de Billard », a été arrêté, et que, pour entrer dans les vues de douceur et d'indulgence de Monsieur l'abbé Terray', on lui en a rendu compte, mais que ce ministre avait décidé qu'il fallait le laisser à la Bastille jusqu'à ce que la partie fût finie.
Voyons à présent Topinion de Grimm^ extraite de sa Correspondance littéraire :
Il écrit le 1 5 janvier 1 770 :
On donna, avant hier 12 janvier', sur le théâtre de la Comédie Française, la première représentation des Deux Amis, drame en cinq actes et en prose, par l'auteur d^Eugénie, Monsieur Caron de Beaumarchais. Cette pièce a eu un peu de peine à aller jusqu'à la fin, mais elle y est parvenue, tantôt un peu huée, tantôt fort applaudie. J'évalue son succès à douze ou quinze représentations. Elle serait fort belle si elle était moins ennuyeuse, si elle n'était pas si dépourvue de naturel et de vérité, si elle avait le sens commun, et si Monsieur de Beaumarchais avait un peu de génie ou de talent; mais, comme il s'en faut, comme il n'a pas l'ombre de naturel, comme il ne sait pas écrire, comme il n'entend pas le théâtre, qu*il ordonne son drame à faire pitié, que ses personnages entrent et sortent sans savoir comment ni pourquoi, il ne m'a pas été plus possible