‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originauxChapitre 3 sur 167 · I. Voyez les Mémoire* tecreti, à la date du 31 février · texte numérisé non relu

I. Voyez les Mémoire* tecreti, à la date du 31 février

2. 11 faut lire sur cette longue et curieuse affaire le chapitre XXX de l'étude de M. de Loménie. Je ne citerai, à ce sujet, que cette épigramme, qui fait partie de docoments inédits que je possède sur Beaumarchais.

Sur l'Air ok Figaro :

L'auteur fameux de Tanre, Pour un bon mot, l'an dernier.

De l'ordre de Saint-Lazare Fut fait simple chevalier.

Le procès qu'on lui prépare Pourroit bien pour cène fois Lui mériter U grand' croix {bis).

On trouvera aussi le récit de cette afiaire Komtnann Bergass dans l'édition des Mémoires de Beaumarchais qui suivra U publication de son Théâtre.

Ce poème sera de la longueur à peu près du Mariage de FigarOf en cinq actes, avec un prologue, force décorations Asiatiques et originales comme l'ouvrage. On prétend que l'Académie Royale de musique s*e8t déjà constituée en 3o,ooo livres d'avances pour les décorations ' ; que le baron de Breteuil a donné ordre, d*après la demande de Fauteur, qu'on n'épargnftt rien pour leur magnificence, et que la dépense des habits ira bien à 20,000 livres» ce qui sera une mise dehors de 5o,ooo livres.

Du reste, les acteurs sont déjà sous le charme ; ils n'ont encore rien entendu de si beau : c'est un Roi qui veut violer la femme d'un général , auquel il a les plus grandes obligations. L'auteur se pavane d'avance, on ne l'a pas encore vu si impudent. Il annonce que M. le comte d'Artois lui a promis de tout quitter pour assister à son opéra ; que rien n'arrêtera S. A. R. lors de la première représentation, et qu'en cas où il y aurait encore Assemblée de Notables, il fera vaquer le bureau ce jour-là.

// est permis de douter de la véracité du passage des Mémoires secrets relatif à Veffacement complet de Salieri pendant les répétitions de Tarare. Beaumarchais, qui savait beaucoup de choses, ne les connaissait pas toutes assurément, et le compositeur pouvait seul s'occuper de certains détails, surveiller Vexécution de sa musique, indiquer les nuances, faire ressortir les effets enfantés par son génie, Salieriy ^Tailleurs, n'était pas le premier venu et était arrivé à Paris avec une réputation déjà vieille et incontestée. Gluck, qui l'avait en grande estime, l'avait chargé, à une époque où Vétat de sa santé était des plus précaires, défaire la musique de Popéra des Danaldes. Salieri s'était mis à l'œuvre, et, sa partition terminée, il arrivait à Paris pour diriger la mise en scène. Le 26 avril 1784, V ouvrage fut représenté à l'Académie Royale de musique. Le nom de Gluck fut proclamé seul au milieu des plus chaleureux applaudissements; mais le jour de la trei:^ième représentation parut dans les journaux une lettre du maître déclarant que la musique des Danaïdes était entièrement l'œuvre de Salieri*. Beaumarchais avait trop d'esprit pour traiter à la

I . Les décorationt,qui étaient fort belles, avaient été dessinées par M. Paris et exécutées par M. Boulay.

3. Salieri, en cette circonstance^ fit assaut de modestie avec son maître. Dans une lettre en dateda 16 mai 1784. tout en convenant que les idées musicales des Danaïdes étaient à lui, il déclarait que l'emploi qu'il en avait fait, leur application aux paroles, lui avaient été entièrement suggérés par l'auteur à'Iphigénie. {Mém. tecrets.)

légère un homme d^une telle valeur, et d'un talent si sûr que Gluck n'avait pas craint, un jour, de mettre, momentanément du moins, son nom au bas d^une de ses ceuvres. Peut-être la tenue calme et réservée de Salieri faisait-elle un apparent contraste avec V activité bruyante et infatigable de V auteur de la Folle Journée !

Beaumarchais, après avoir fait connaître à diverses reprises les paroles et la musique de Tarare à quelques connaisseurs, diminuait la fréquence de ses lecteurs à mesure qu'elles produisaient Veffet qu'il en voulait obtenir ; il avait décidé que les répétitions de son opéra se passeraient absolument à huis-clos. Il espérait, de cette façon, épargner à son œuvre des critiques anticipées de parti pris toujours injustes, 'et stimuler, par un mystère bien soutenu, l'impatience du public. Toutefois, il se laissa toucher et se désista, quelques jours avant la première représentation, de son inébranlable résolution. Voici, en effet, ce qu'on lit dans les Mémoires secrets, à la date du 3 juin 1 787 :

La répétition générale d'hier a eu lieu devant une assemblée aussi nombreuse que pourra Pétre celle de la première représentation; on y a vu la confirmation de ce qu*on avait dit, le sieur de Beaumarchais présidant à tout : il était entouré de cinq ou six cordons bleus. Chacun cherchait le sieur Salieri, demandait où il était. On y a trouvé des effets de musique , de décorations et de machines très-brillants * ; quant au poCme , beaucoup d'obscurité, quantité de choses triviales et obscènes, avec des endroits vraiment beaux, même sublimes.

Lé mot sublime, il faut le dire, est de trop. Cest une exa» gération vers le bien aussi peu admissible que la violence des attaques anticipées dirigées contre V œuvre de Beaumarchais. Tarare est un opéra surtout ennuyeux, dont le poème rompait peut-être avec le genre plat et fade de mode jusqu'au jour où il parut, mais qui serait aujourcThui hors de saison et presque grotesque, bien qu'à l'heure présente ce genre de littérature soit resté, à peu (t exceptions près, asse^f stationnaire.

i. Il y avait, dans l'opéra de BeaiunarchaiSf au 3* acte, un ballet que le tyran Atar trouvait charmant, mais que le public trouva trop long. Le Journal de Paris du samedi 9 juin 1787 demandait qu'il tût raccourci. Pierre Gardel, le maître de ballets, avait réglé ce divertissement, rehaussé de la présence d'Auguste Vestris et de la fameuse Guimard.

Les répétitions générales de Tarare se succédaient avec rapidité, et étaient souvent entaillées de particularités CU' rieuses. Celle du samedi 3 juin ne se passa pas, on va le voir^ sans encombre*.

A la répétition du samedi 3, le sieur de Beaumarchais, ayant aperçu le bâtard de Tabbé Aubert , son élève, et stylé sous lui à . lancer le sarcasme, Ta apostrophé de la façon la plus indécente : « Quel brigand vois-je là ! Vient-il chercher le moyen de décrier mon opéra avant qu'il ait été joué? » Il voulait faire sortir ce jeune homme : afin d*éviter un éclat trop public et trop scandaleux, on les a conduits dans le foyer des acteurs, où le sieur de Beaumarchais ayant eihalé à loisir sa rage contre le fils et le père, le jeune homme, étourdi , ne sachant trop que répondre, il Ta laissé rentrer dans la salle, à condition qu'il se conduirait avec la décence et la circonspection convenables.

Les Mémoires secrets, à la date du y juin, racontent encore dans les termes suivants la répétition de Tarare qui eut lieu le surlendemain de celle signalée par V algarade faite par Beaumarchais au bâtard de V abbé Aubert.

Les acteurs, amorcés par Tespoir de gagner plus aux répétitions de Tarare qu'aux représentations d^Alcindor *, avaient imaginé de profiter de la liberté que leur en donne TOrdonnance du Roi et de rendre celle du lundi payante* : effectivement la recette a été de plus de 5,ooo francs. Aussi le public a profité de Son droit et a vigoureusement hué le cinquième acte : ce qui a fort déplu au sieur de Beaumarchais. Cependant il s'est contenu, il a modestement demandé la parole, et, chacun ayant fiait silence, il a harangué et dit aux spectateurs qu'ils avaient raison, mais que ce dénouement serait changé, ce qui a paru satisfaire Pauditoire, qui l'a témoigné par des battements de mains *,

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