‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originauxChapitre 47 sur 167 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

ASTASIE, voilée, ATAR, ARTHENÉE, TARARE, SPINETTE, ESCLAVES des deux sexes, SOLDATS.

Atar, à Astasie.

Ainsi donc, abusant de vos charmes, Fausse Irza, par de feintes larmes, Vous troimphiezde me tromper?

Je prétends, avant de frapper, Savoir comment ma puissance jouée...

Spinkttb.

Une Esclave fidèle, hélas 1 substituée, Innocemment causa le désordre et Terreur.

Tarare, à part, tenant sa tête dans ses mains. Ah ! cette voix me (ait horreur !

Atar.

Il est donc vrai cet échange funeste 1 J'adorais, sous le nom d'Irza,.*.

{A Astasie.)

Va, malheureuse, je déteste L'indigne amour qui pour toi m'embrasa.

A la rigueur des leiz, avec lui, sois livrée 1

{Au Grand-Prêtre.)

Pontife, décidez leur sort.

Arthenéc.

Ils sont jugés : levez l'étendard de la mort. De leurs jours criminels la trame çst déchirée.

Le Grand^Prêtre déchire la bannière de la vie. Le Prêtre en deuil élevé la bannière de la mort. On entend un bruit funèbre dinstrumens déguisés.

Chœur funèbre des Esclaves.

{Astasie se jette à genouXf et prie pendant le chœur. On apporte au Grand-Prétre le livre des arrêts, couvert d'un

crêpt. Il signe V arrêt de mort. Deux En/ans en deuil lui remettent chacun un flambeau. Quatre Prêtres en deuil lui présentent deux grands vases pleins d'eau lustrale. Il éteint dans ces vases les deux flambeaux , en les renversant.

Pendant ce tems^ les Prêtres de la vie se retirent en silence. Le Drapeau de la vie, déchiré^ traîne à terre.)

Chœur funèbre.

Avec tes décrets infinis, Grand Dieu, si ta bonté s'accorde, Ouvre à ces coupables punis Le sein de ta miséricorde !

Arthenée prie.

Brama ! de ce bûcher, par la mort réunis,

Ils montent vers le Ciel; qu'ils n'en soient point bannis!

Le Chœur funèbre répond :

Avec tes décrets infinis, etc.

(Astasie se relevé et s'avance au bûcher^ où Tarare est abîmé de douleur.)

Astasie, à Tarare.

Ne m'impute pas, Etranger, Ta mort, que je vais partager.

Tarare se relevé avec feu.

Qu'entend s-)e? Astasie l

ASTASIE.

Ah ! Tarare 1 {Ils se jettent dans les bras Vun de Vautre.)

Arthemée, au Roi, Je te l'avais prédit.

Atar , furieux.

Qu'on les sépare !

Qu'un seul coup les fasse périr 1

{Les Soldats s'avancent.)

Non... C'est trop tôt briser leurs chaînes Ils seraient heureux de mourir.

Ah ! je me sens altéré de leurs peines, Et j'ai soif de les voir souffrir.

AsTASiEi avec dédain^ au Roi.

O tigre ! mes dédains ont trompé ton attente, Et, malgré toi, je goûte im instant de bonheur. J'ai bravé ta faim dévorante, Le rugissement de ton cœur.

Pour prix~de ta lâche entreprise, Vois, Atar, je l'adore, et mon cœur te méprise.

{Elle embrasse Tarare)

Atar, vivement^ aux Soldats,

Arrachez-la tous de ses bras.

Courez. Qu'il meure, et qu'elle vive !

AsTASiE tire un poignard^ qu^elle approche de son sein.

Si quelqu'un vers lui fait un pas, Je suis morte avant qu'il arrive.

Atar, aux Soldats, Arrêtez-vous !

AsTASiE, Tara^ et Atar.

Trio.

Tarare et Astasie, ensemble.

Le trépas nous attend :

Encore une minute, Et notre amour constant Ne sera plus en butte Aux coups d'un noir Sultan.

{Les Soldats /ont un mouvement.)

Atar s'écrie :

Arrêtez un moment!

AsTASiE, seule.

Je me frappe à l'instant Que sa loi s'exécute.

Sur ton cœur palpitant Tu sentiras ma chute, Et tu mourras content.

ï5o TARARE.

Atar.

O rage! affreux tourment!

C'est moi, c'est mot qui lutte, Et leur cœur est content !

ASTASIE.

Sur ton cœur palpitant Tu sentiras ma chute, Et tu mourras content.

Tarare.

Sur mon cœur palpitant Je sentirai ta chute, Et je mourrai content.

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