‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originauxChapitre 5 sur 167 · Voyei la note j de la page · texte numérisé non relu

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marchais, faisant allusion à l'affaire Kommann, qui était venue V accabler au moment où il était tout entier à Tarare, nous explique en peu de mots quUl songea un instant, devant les attaques dont il était robjet, à renoncer à faire repré^ senter son opéra, ^pour rendre plainte et suivre au Criminel le prompt châtiment des coupables ».

Monsieur le baron de Breteuil , lisons-nous à ce sujet dans la Correspondance littéraire de Grinim\ du département de qui dépend Tadministration de l'Opéra, n'a pas jugé à propos de céder aux scrupules de la délicatesse de conscience de M. de Beaumarchais, en risquant de faire perdre à ce spectacle plus de 100,000 livres de frais qu'il lui en a déjà coûté pour les habits et les décorations de Tarare^ dont les répétitions occupent depuis plus de six semaines tous les sujets de l'Académie Royale de musique : il a donc décidé inhumainement que l'opéra serait donné sans retard, ou que l'auteur en rembourserait les frais. A l'audience qu'il avait demandée à ce ministre, M. de Beaumarchais insistant toujours sur ce bel apophthegme, qu*on s'amuse peu d'un ouvrage dont on méprise l'auteur, M. de Breteuil a fini par lui dire : « J'ai peu de mémoire; mais, en faisant quelque effort, je suis sûr, Monsieur, que, dans ce moment, je trouverais un exemple assez frappant pour, prouver le contraire. »

Et Grimm fait suivre aussitôt ce renseignement d'une suite de couplets composés contre Beaumarchais.' Nous ne citerons que le premier, parce qu'il est comme la paraphrase de la répartie de M. de Breteuil :

J'ai vu la centième folie*

De cette étrange comédie

Qui fit courir tous nos Français.

Ab ! braTo, bravo, B^umarchais ! (Bû,)

Ma foi, d'un mérite si rare

L'on doit attendre que Tarare

Va nous dégotter Figaro.

Ah! Beaumarchais, bravo, bravo ^1 (^Bis,)

1 T. XIII, p. 372.

3. Il s'agit ICI de la Folle Journée^ qui était devenue centenaire. A ce propos, j'emprunte aux Mémoires secrets un joli trait digne d'être cité : « A une des dernières représentations du Mariage de Figaro^ un particulier qui se trouvait dans une loge se récriait et disait : « Ce beaumarchais a bien « de l'esprit. • 11 était dans la loge d'à côté et lui dit : « Mais le mot de mon> f sieur ne vous écorcherait pas la bouche. » Le particulier reprend : « Oui, ■ je l'ai dit et je ne m'en dédis pas : Beaumarchais a bien de l'esprit, mais

* monsieur de Beaumarchais n'est qu'un sot. a

3. Dans la liasse de documents inédits que je possède sur Beaumarchais, je trouve une copie manuscrite de ces couplets faite à l'époque même où ils turent en vogue. Ils se chantaient, paraît- il, sur l'air de Caipigiâint Tarare :

• Je sais né natif de Ferrare. • A la date du 3i août 1767, les Mémoires

— lO —

En dépit de ies scrupules^ malgré le temps préd^ux que lui enlevait souvent la nécessité de répondre aux attaques dont il était l'objet, Beaumarchais dut céder aux ordres du Ministre et « préférer, comme il le dit dans V avertissement placé en tête de sa pièce imprimée, IHnipatience du public à ses justes répugnances. »

L opéra de Tarare fut joué le vendredi 8 Juin 1 787; le vendredi était alors ^ et le /ut longtemps encore ^le jour à lamode^

JamAÎs, raconte Grîmm S aucun de nos théâtres n*a ru une foule égale à celle qui assiégeait les avenues de i*Opéra * le jour de la première représentation de Tarare ; à peine des barrières élevées tout exprès et défendues par une garde de quatre cents hommes Pont-elle pu contenir. Si Tauteur vertueux à qui nous devons les Noces^ jouées cent fois, croit toujours, comme il le dit dans sa réponse au sieur Kornmann, « que le public n'aime pas à s'amuser de l'ouvrage d'un homme qu'il mésestime », ne doit-il pas être plus convaincu que jamais de l'estime et du respect que lui a voués l'opinion publique ?

Cest en effet le jour de la première représentation de Tarare, dans la crainte de voir se renouveler les scènes tumultueuses de la journée du aj avril 1784, que furent posées pour la première fois^ à la porte de l'Opéra^ des barrières destinées à contenir la foule*. On les adopta bientôt d'ailleurs pour les autres théâtres. Malgré Taffluence de public qui se pressa ce jour-là aux portes de VOpéra, cette représentation de Tarare n^attira pas, à beaucoup près, le même monde que celle de la Folle Journée. Le

iecrett font mentioo d'ane HMoire de Beammarehait qui se chantait sur le même air.

I. T. XIII, page 4o3, de la Carretpondanee littéraire, 3. La salle ae TOpéra, lorsque Beaumarchais y fit représenter Tarare en 1787, était située près de la porte Saint-Martin, sur le boulevard. Elle avait été construite en soixante-quinze jours (plusieurs disent soixante-cinq) par Lenoir, la salle du Palais- Royal , élevée par Moreao, ayant été détruite Mr un incendie le 8 )uin 1781. A cette même époque, Dauversne et Louis rran-

à la somme de i. 095,55 1 livres. Le 17 mars 1780, une subvention annuelle de i3o,ooo livres tut assurée à l'Opéra par le Roi; de plus, les costumes et décors des Menus-Plaisirs, évalués à i,5oo,ooo livres, furent abandonnés au théâtre, à la condition déjouer doute fois par an sur les théâtres de la Cour Le déticit de l'année 1786-87 s'éleva à i32,6i3 livres 5 sous 6 deniers.

3. Le spectacle avait lieu à cinq heures, et ces précautions s'expliquent assez, si l^n songe à quel point le lieu où était situé le théâtre était an endroit fréquenté.

comte éT Artois, comme il en atHtit/ait la promesse à Beau" marchais, ^honora de sa présence, 5. A. R. n*avait pas eu besoin de /aire vaquer le bureau ce jour-là, car la dernière Assemblée générale des Notables avait été tenue le %S du mois précédent.

Oçi assure, prétendent les Mémoires secrets*, que la Reine désirait fort Y venir, mais qu'on a fait entendre à S. M. que cet ouvrage, comme la plupart des productions de Fauteur, malgré la gravité du sujet , éuit infecté de gravelures qu'il ne lui convenait pas d'autoriser par sa présence.

Sans être applaudi, comme tavait été la Folle Journée^ Vopéra de Tarare fut du moins écouté avec une grande attention. L'œuvre nouvelle de Beaumarchais n*était guère faite, il faut en convenir, pour f amener au théâtre le goût des productions belles et nobles, goût qui en 1 787 tendait aussi bien à disparaître de la scène de VOpéra que de la scène Française, Dans un recueil de l'époque, le critique s'écriait : c Est-ce la lanterne magique que l'Opéra est chargé de montrer au public? Ah! dans ce cas, il a bienfait de représenter Tarare ! » Lanterne magique! Tarare valait un peu mieux que cela, mais assurément ce n'était pas en^ tretenir le public dans le respect des chefs-^tœuvre que de le convier à applaudir, avec un renfort de mise en scène éblouissante, une intrigue aussi mal versifiée que celle du poème de Beaumarchais, Il était jusqu'à un certain point naturel de remplacer par quelque chose de plus vivant le style passé de mode de Quinault, mais ce n'était pas un motif pour pousser l'innovation jusqu*à la trivialité. La ma-' nière dont s'expriment les personnages de Tarare est, en effet, dépourvue de noblesse : elle va jusqu*au grotesque. La musique fit passer le poè'me : elle était dans le goût du jour et flattait Tenthousiasme de la foule, dont l'admiration, le jour de la première représentation, se manifesta dune ma^ nière insolite. Le parterre* demanda à grands cris l'auteur

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