‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originauxChapitre 59 sur 167 · Beaumarchah et ton temps, t. H, pages 433 et suiv · texte numérisé non relu

Beaumarchah et ton temps, t. H, pages 433 et suiv

Beaumarchais, ddrmée, en 1809, par Gudin de la Brenellerie *. Voici quelques passages intéressants de la notice consacrée à la Mère coupable j^ar Gudin, dans le travail personnel dont il a fait suivre la réimpression des œuvres de son ami * ;

Beaumarchais, dans îa Mère coupable^ présenta au public, non tine pièce gaie, « une folle journée, » mais le tableau d'une famille égarée par un fourbe hypocrite et recouvrant la paix intérieure par la bonté et la justice de son chef. Cet ouvrage , d*un grand pathétique, a été critiqué sévèrement par les gens qui ont en haine les pièces sérieuses et les drames. . La situation est si forte qu'elle entraîne, et l'intérêt est si touchant qu'il arrache les larmes de tous les yeux. On ne joue point ce drame qu'il ne s'élève des cris au quatrième acte; on est obligé d'emporter des femmes qui se trouvent mal , et d'autres ne se garantissent de l'évanouissement qu'en respirant de l'éther.

Ce drame fut joué pour la première fois le 6 juin 1792 par une nouvelle troupe qui venait d'ouvrir son théâtre au Marais. Les comédiens français, qui ne voulaient point que cette pièce réussît, formèrent contre la pièce une puissante cabale', et fu« rent vivement secondés par les perturbateurs du repos public, alors si nombreux, et par les envieux de la fortune ou des talents de l'auteur.

Malgré leurs efforts et le tapage de ce premier jour, la pièce s'acheva, fut accueillie le lendemain avec transport, et se soutint avec honneur, quoique jouée faiblement par les acteurs, peu

I. « Un autre, mais plus scrapuleax Beaumarchais », a dit méchamment Grimm de cet inséparable Gadin, de ce loyal et dévoué Pylade que Beaumarchais a appelé lui-même « mon frire, mon ami, mon Gudin *. (Voir la lettre à M. T..., Vile vol. des Œuvre* complète», lettre XLVIL)

a. De$ Dramn et de* Comédie* de Beaumarchait ^ et de ^juelquet eritiquet qu'on en a faites, au tome VII des Œuvre» complètes. Paris, chez Léopold CoIIin, 1809.

3. Cette affirmation, dont nous n'avons point trouvé trace dans les autres écrits, journaux ou publications du temps, a souvent été, alors et depuis, imaginée, par les auteurs ou par leurs amis, pour pallier quelque peu un échec souvent mérité. Il ne faut pas oublier que Gudin était le meilleur ami de Beaumarchais; qu'il avait Intirôt, par amitié, à mettre sur le compte d'une cabale, peut-être imaginaire, l'insuccès de la Mère coupable à la première représentation, et que, d'ailleurs, cet insuccès n'a rien d'étonnant ni d'excessif.

accoutumés à créer des rôles et à supporter les rumeurs du parterre.

Un contemporain illustre, admirateur de Beaumarchais, le compositeur Grétry, estimait asse^ la Mère coupable et jugeait, un peu présomptueusement peut-être, les situations de ce drame suffisamment dramatiques pour inspirer sa muse délicate et charmante. M. de Loménie a trouvé, dans les papiers de famille de Beaumarchais^ la curieuse lettre suivante * ;

« Je ne rêve qu*à votre Mère coupable. J'ai remarqué que la musique n*est jamais si bien placée et ne fait jamais plus d'effet que lorsqu'elle est rare. Voulez-yous que je choisisse douie places où TOUS rimerei votre prose , et voilà tout? Je vous réponds qu'on parlera un jour, si vous consentez à ma demandei de la colère d'Almaviva autant qu'on a parlé de la colère d'Achille. Si vous donnez cette pièce aux Italiens, elle peut avoir cinquante représentations de suite; si vous y ajoutez douze ou quinze morceaux de musique, tous capitaux et de genres différents, elle doit en avoir cent, et j'aurai fisit de la musique sur un chef-d*œuvre

digne du vieux

« Grétry. m

Toutefois, malgré la faiblesse de son exécution et Vépo^ que troublée pendant laquelle il fut joué, le drame de Beaumarchais eut quinze représentations de suite, dont je relève la date précise, d'après le Journal de Paris :

i" représon mardi 26 juin, avec Crispin rival de son maître.

a* — mercredi 27 juin, avec le Mari retrouvé.

3* — jeudi 28 juin, avec le Français à Londres.

4« — samedi 3o juin, avec le Legs.

5e — mardi 3 juillet, le drame est joué seul.

6e — jeudi 5 juillet, avec le Consentement fircé.

7« — samedi 7 juillet, avec le Procureur arbitre.

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