MONSIEUR DE G I P. 1 E U
Vos parents.
LAUnENCE.
Mes parents... et d'autres. Ce n'est pas au dehors qu'on rélèverait mieux.
MONSIEUR DE GIRIEU.
C'est votre avis.
LAURENCE
Je n'entends pas exprimer le vôtre. Enfin, puisqu'il faut tout vous dire, vous savez bien qu'il y a une raison définitive de ne pas l'envoyer en pension. Son père est d'avis qu'il y a lieu d'attendre encore.
MONSIEUR DE GIRIEU , pîqué.
Je l'ignorais, en effet, cela tranche tout. Et je me suis mêlé de ce qui ne me regardait pas.
LAURENCE
Comme vous me répondez! George?, vous n'aimez pas cet enfant.
MONSIEUR DE GIRIEU.
Moi?
LAURENCE, itu peu exollée.
Non, vous ne l'aimez pas! Vous ne vous en rendez peut-être pas compte vous-même, mais j'ai la clairvoyance d'une mère et je sens bien que chaque jour vous prenez de l'aversion contre lui. Mon Dieu, je sais que je suis un peu hébété quand je lui parle, quand je joue avec lui, et vous qui m'entendez et me regardez de sang-froid, cela doit en effet vous paraître puéril ; si vous i'aimiez vous trouveriez cela charmant. Mais tout ce qu'il fait, vous l'interprétez à son désavantage. Vous ne lui parlez plus guère que pour lui adresser des remontrances. Vous êtes sans indulgence pour ses moindres fautes. De jour en jour, vous vous éloignez davantage de lui. Peut-être, encore une fois, ne vous en apercevez-vous pas, mais ce que je vous dis est vrai. Vous lui voudriez la gravité d'un
enfant de dix ans. Au moindre bruit qu'il fait, vous froncez les sourcils. Ce n'est pas exact? Dimanche... tenez, dimanche, il était venu jouer dans le salon; vous lui avez" demandé de se taire, il s'est tu; puis, comme après un moment il a recommencé, vous l'avez repoussé durement, et vous êtes sorti. . . Un autre j our . . . cela j e ne vous l'ai jamais dit... j'étais dans votre bureau, nous rentrions et tout en défaisant mon chapeau devant la glace je voyais tous vos mouvements sans que vous vous en doutiez. Vous avez trouvé sur votre table je ne sais plus quel jouet qu'il avait oublié là; votre bouche est devenue méchante et vous avez jeté ce jouet avec colère. Je suis allée dans ma chambre pour ne pas pleurer devant vous. Vous vous rappelez; c'est un jour où vous m'avez trouvée les yeux rouges et où vous m'avez si longuement questionnée. Ce sont des petits faits sans importance, mais c'est par ces petits faits que se trahissent les sentiments, et j'en ai assez pour être certaine que vous ne l'aimez pas.
MONSIEUR DE GIRIEU.
Je vous assure, Laurence...
L xV U R E N C E .
Je le reconnais, vous avez lutte contre vous-même, et vous avez fait tous vos efforts pour tenir votre promesse d'avant notre mariage, et peut-être croyez-vous, de bonne foi, accomplir votre devoir, comme vous le disiez. Mais une aversion instinctive grandit en vous et, si vous voulez envoyer l'enfant en pension, ce n'eitpas pour lui, c'estpour vous, parce que vous ne pouvez plus le supporter auprès ûe vous. Il est resté pour vous un étranger.
MONSIEUR DE GIRIEU.
Ce que vous me dites me trouble et me cause le plus profond chagrin. J'ai peur que vous ayez raison, Laurence, et qu'en effet, je n'aime pas votre enfant... Oui... vous avez vu clair en moi mieux que nioi-mcme. Je ne l'aime