‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 11 sur 226 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

pas. Cela s'est fait peu à peu... et maintenant je vois comment... Depuis près d'un an que nous sommes mariés, je n'ai eu, avec vous, qu'une difficulté sérieuse, le jour où j'ai voulu, — dans votre intérêt et dans le vôtre — punir votre fils qui vous avait désobéù Vous avez pris sa défense avec emportement et vous aviez, en me parlant, des yeux que je ne vous connaissais pas. Votre voix même était changée. C'est de ce jour-là que cela a commencé. Ce qui est arrivé est un peu de votre faute. Tous mes efforts ont été découragés. Vous aviez depuis longtemps cette idée fixe que j'étais sans affection pour lui, et toutes mes tentatives, vous les avez mal interprétées, toutes se sont heurtées à vos soupçons ou à l'autorité de M. Chantrel. Il est encore une chose qui m'a éloigné de lui... là, vous aviez raison, cependant, et certes ce n'est pas un reproche que je vous adresse. Mais résolument j'ai pris le parti de ne pas m'atlacher à lui parce que j'ai senti que je ne pouvais espérer avoir jamais son affection.

L A U R E iN C E .

Pourquoi?

MONSIEUR DE GiRiEU, oprès wi louQ sUcnce et à mi-voix.

Je n'ose pas vous dire... Vous lui faites trop aimer son père.

LAURENCE

Quelle mère serais-je si j'agissais autrement? Cela n'est-il pas mon devoir ?

MONSIEUR DE GIRIEU.

Si. Mais avant peu, celte affection provoquera fatalement dans le cœur de votre fils une grandissante aversion contre moi. Instinctivement déjà, il me repousse.

LAURENCE, satis coiivicHûn.

Cela n'est pas.

MONSIEUR DE GIRIEU.

Vous savez bien que si.

L A U îi E N C E .

Que puis-je faire à cela.

MONSIEUR DE G I R I E U , OVCC élïlOtiûJl.

Rien. C'est le malheur de noire situation.

Quand vous m'avez épousée, vous n'ignoriez pas que tout cela était fatal !

MONSIEUR DE GiRiEu, irès ému.

Je me suis trompé moi-même. Aussi, je ne vous reproche rien. Seulement, malgré tout mon amour pour vous, malgré tous les efforts que je fais pour oublier..., je ne suis qu'un homme et je ne puis m'empêcher de souffrir, lorsque je vous entends parler à votre fils, de celui à qui je vous ai reprise [Baissant la voix.) et dont, à mon gré, vous...

LAURENCE

Moi?...

MONSIEUR DE GIRIEU.

J'ai honte de ce sentiment, mais je ne puis l'éloigner de moi... Je vous l'avoue en rougissant... Je souffre de vous entendre lui parler de ce père avec tant d'indulgence et de bonté... vous lui en dites trop de bien... Jj sais... vous vous cachez... Ah! Laurence! mesurez à ce détail rétendue de notre misère et la profondeur de ma souffrance... je vais écouter à la porte de votre chambre, le matin, lorsque vous êtes seule avec lui! {Un temi- s.) Et puis...

LAURENCE

Parlez. Puisque nous avons abordé ce sujet, il importe que nous disions tout.

MONSIEUR DE GIRIEU.

Eh bien...

LAURENCE

Eh bien ?

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