‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 100 sur 226 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

HERMANCE

Si.

Ecoute! Ecoute! C'est là réellement que tu seras coupable... Ecoute! Ecoute!... Tu peux bien m'écouter, voyons ! Après, tu feras ce que tu voudras, naais d'abord, écoute-moi... Ecoute... Depuis hiersoir, j'ai vécu dix ans. Lorsque je t'ai quittée, ma pauvre tête s'est remplie des pires folies. J'ai pensé à aller le trouver, lui, pour lui crier ma douleur, pour le maudire, j'ai pensé à me tuer devant lui. Je te le dis, les pires folies... Je suis rentrée dans ma chambre, j'ai pleuré, j'ai hurlé dans mon oreiller ; il y a eu des moments où j'étranglais de colère, et d'autres où je gémissais comme un petit enfant... Puis j'ai réfléchi. J'ai compris que j'aurais mal fait. Mais réfléchis! réfléchis! Songe dans quelle tourmente je me suis trouvée jetée tout à coup. Sans s'en apercevoir, il avait presque avoué. Alors I... est-ce que je pouvais vivre avec ce soupçon? Et je ne t'ai pas menti autant que tu le crois, en te disant que je savais tout. Tu dois bien te douter que plus d'une contradiction, plus d'une bizarrerie m'avaient frappée depuis longtemps... Et puis! quevais-je chercher à m'excuser ? Oui, j'ai fait cela, oui. c'est mal, mais je l'ai fait, et je ne suis pas une âme méchante. J'ai de la douleur plus qu'il n'en faut pour excuser un crime... Je puis regretter mon action, mais je ne puis pas ne pas savoir ce queje sais maintenant I... Alors, tu vas me comprendre... Il faut qu'il ne sache pas que je sais. Comprends-tu?... Je t'en supplie, écoute-moi bien... Si tu ne lui dis rien, le chagrin qu'il a ne sera pas augmenté... Tu te reproches de lui avoir fait du mal. C'est surtout si tu parles, maintenant, que tu lui en feras... Tu ne peux pas ne pas comprendre cela... Non, ne me réponds pas encore. Tu me troublerais, je perdrais ce que j'ai à te dire... N'est-ce pas, je n'ai pas bien ma tête à moi... Attends... Ne dis rien... Attends... Oui... C'est situ lui dis

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que i'ai tout appris que tu feras son malheur... Je le défends!... Voilà que je le défends, maintenant!... Lui! Luil... Qu'est-ce que tu veux !... Maman, je l'ai si peu connue, et lui, je i'ai tant aimé... Je devrais le haïr, et je le hais, mais je l'ai trop longtemps et trop doucement chéri pour le haïr vraiment!... Et cependant!... Je suis perdue, je ne me reconnais plus en moi-même... Si j'ai fait du mal, Hermance, c'est surtout à moi !... Enfin ! il n'est pas question de cela. Ce que je veux que tu comprennes... c'est qu'il y aune chose dont l'idée m'étrangle d'horreur; celte idée, c'est qu'entre lui et moi, nous puissions dire des mots... oui... des mots d'où jaillirait l'épouvante... Alors, j'ai résolu qu'il ignorerait toujours que j'ai entendu ce que tu m'as dit... Seulement... il ne me serait pas possible de vivre en face de lui... de lavoir tous les jours... de sentir sur mon front ses lèvres et de mettre mes mains dans ses mains... Mon Dieu, penses-tu à cela, Hermance?... Ses mains!... Non!... vivre avec lui... Non... ça, je ne pourrais pas... Et ce serait inutile d'essayer; je ne réussirais pas à être assez hypocrite pour faire semblant de l'aimer et, unjour, mon secret m'échapperait. Alors, je vais lui dire que la rupture de mon mariage me cause un grand chagrin et que je veux m'en aller avec toi.

HERMANCE

Et votre fiancé?

SIMONE

Je ne veux plus le revoir.

HERMANCE

Pourquoi ?

SIMONE

Songea ce qu'il sait maintenant de mon père... et de... et de maman ! S'il revenait, c'est qu'il se croirait lié par les promesses qu'il m'a faites autrefois... Et quand même il n'aurait pas changé, c'est moi, moi qui ne pourrais accepter d'entrer dans cette famille où l'on sait notre

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