‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 38 sur 226 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

les lire mais... Que voulez-rous !... j'avais eu le malheur, une fois, de dire que je ne les ouvrirais pas... je me suis crus engagée par cette parole échappée à ma colère.

RAYMOND

Ne pouviez-vous tout au moins, penser à l'avenir de votre enfant, et laisser faire le temps, et ne pas mettre entre nous cette barrière définitive qu'est le divorce?

LAURENCE

C'est mon père qui m'y a poussée... J'aurais dû lui résister, c'est vrai... Maisj'ai toujours vécu sous son autorité... Et puis on vous a tant noirci à mes yeux... des calomnies, je l'ai su trop tard... Mon père a su me faire croire, précisément, que l'intérêtde mon enfant était là... il a obtenu de moi le consentement nécessaire... En lui cédant, je croyais me sacrifier à notre petit Julien, accomplir un devoir... Alors, l'odieuse machine judiciaire une fois en mouvement, tout s'est précipité. Les hommes de/ loi ont tout embrouillé, tout dramatisé, tout rendu public,' dans leurs grimoires et leurs papiers timbrés.

RAYMOND

Oui, je me souviens: ils se sont joués de notre honneur ' et de notre bonheur, de nos secrets, de nos existences... Mais vous les avez crus, et moi... moi qui aurais su vous implorer, faire appel à votre pitié, vous n'avez pas voulu m'écoutcr... Chez le juge même...

Oui, c'est là que je vous ai revu pour la première fois... depuis le jour... J'ai été sur le point d'éclater en sanglots...

RAYMOND

Laurence !

LAURENCE

Mais j'avais tant promis d'être courageuse... ethautaine... Hélas I

es LE BERCEAU

RAYMOND

Et voilà comment mon exislence... a été brisée.

LAURENCE

Comment Julien est devenu victime de cette loi qui rend définitives les mésint lligences...

RAYMOND

Qui ne se préoccupe pas de l'enfant...

LAURENCE

Et en fait un demi-orphelin... Mais le premier responsable, c'estvous.

RAYMOND

Ilélas ! Hélas ! Vous m'aviez placé trop haut, Laurence.

LAURENCE

Comme la vie est loin de nous donner ce qu'on nous a promis en son nom ! Comme c'était plus beau ce que j'avais rêvé 1

Devinez-moi, Laurence, et croyez-moi, si je vous dis que mon amour pour vous n'a jamais faibli et que vous clos restée la bien-aimée, la préférée, la respectée, l'élue ! Vous n'avez pas à èlre jalouse ; ce que j'ai de meilleur en moi n'a pas failli. Laissez-moi achever, laissez-moi vous dire que la découverte que vous avez faite de mon crime m'en avait soudain révélé toutes les ignominies, m'avait fait comprendre le misérable que j'étais de risquer d'acheter mes plaisirs fugitifs au prix de tout votre bonheur et que cette crise aurait été salutaire. Laurence, c'est au moment où vous m'avez fui que j'allais devenir celui que vous aviez rêvé ; votre douleur aurait été une rédemption ; la vue de vos larmes allait me délivrer des servitudes vulgaires et me préserver des banales capitulations! Âh ! mes lettres, si vous les aviez lues ! vous y auriez vu la preuve d'un tel remords, vous y auriez trouvé, pour vous, de tels espoirs que vous m'auriez pardonné ! Et si

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