ACTE DEUXil£ME
le pardon n'était pas venu fcout de suite, après de longs mois d'une tendresse insoupçonnée et d'un repentir évident, TOUS auriez été enfin indulgente et pitoyable. C'est vrai, cela, dites-moi si cela est vrai !
LAURENCE, coïiime à elle-même.
Est-ce que... le devoir... ce n'est pas toujours de pardonner.
RAYMOND, debout.
Alors... pourquoi donc, parce mariage immédiat, avoir rendu tout impossible ? Quelle hâte aviez-vous donc de mettre l'irréparable entre nous ?
LAURENCE
La hâte, ce n'est pas moi qui l'ai eue... Votre trahison, je vous l'ai dit, avait fait le vide dans mon cerveau et dans mon cœur. Je ne comprenais plus rien, et j'ai été heureuse qu'une volonté se substituant à la mienne, m'épargnât la fatigue et l'embarras d'une décision. Mon père est intervenu... Je me suis remise à lui. Je lui ai dit : « Fais ce que tu vroudras, puisque tu sais mieux que moi où est mon bonheur... » Et il m'a parlé de mon enfant qui avait besoin d'un soutien. J'ai eu peur d'être une mauvaise mère. J'ai cédé. Voilà toute la vérité.
R A Y il 0 N D .
Ah ! ma pauvre, ma chère amie !... Si vous saviez ce que j'avais Imaginé !... J'en étais arrivé à croire... Oh I que j'ai soufTert, Laurence! et me pardonnerez-vous si je vous dis que maintenant encore ? J'en étais arrivé à penser que vous aviez toujours aimé M. de Girieu...
LAURENCE
Moi!
RAYMOND
... Et que ma faute avait cté pour vous l'occasion bien accueillie d'une délivrance... Oui, voilà ce que j'ai cru !
LAURENCE
C'est faux !
Lorsque j'ai appris votre prochain mariage... si vous pouviez savoir quelle journée do larmes et de folie dans la souffrance c'a été ! Je me débattais contre cette vérité, contre ce fait, comme dans un cauchemar... Et le jour même où vous êtes allée avec lui à la mairie... rcpcter le même serment que vous m'aviez fait à moi ! Je vous le jure, Laurence, j'ai alors expié toutes mes fautes... et je pense que les crimes les plus monstrueux seraient absolus par les souffrances que j'ai endurées. Quelles idées n'ai-je pas eues ? Quels projets n'ai-je pas formés ! J'ai résisté à des impulsions de meurtre et de suicide... Cette crise s'e^t terminée par une rupture soudaine de toutesmes énergies... età chaque heure de la nuit dans une douleur impuissante d'enfant abandonné, je vous ai appelés tous les deux, et vos deux noms : Laurence l Julien ! je les sanglotais ou je les criais tour à tour I
LAURENCE
Pauvre Raym >nd !
RAYMOND
Vous me plaignez, n'est-ce pas? Soyez bénie, Laurence, pour votre bonté présente... En prononçant mon nom comme vous venez de le prononcer, avec cette tendresse et cette douceur, vous avez adouci ma,grande misère. {Il lui prend les malris.) Voyez-vous clair en votre âme, maintenant?... Réfléchissez et découvrez vous-même le secret que vous n'osez avouer et qui me remplit à la fois d'une joie et d'une douleur infinies. Vous n'avez jamais cessé de m'aimer, Laurence !
LAURENCE, sans force.
Vous vous trompez !
RAYMOND, douloureusement.
Je ne me trompe pas. C'est parce qu'on vous y a forcée.