ACTE TROISIEME
soir, nous avons eu, ici, une scène violente. Il m'a demandé un entretien définitif, en m'avertissant qu'il m'adressait sa dernière prière, et que, si je persistais, ce serait, entre lui et moi, la séparation irrévocable et nette. 11 n'a pas voulu que je prononce le oui ou le non immédiatement et il m'a donné la nuit pour rélléchir. Au moment où vous êtes entré, je venais de lui envoyer ma réponse.
RAYMOND
Qui est?
LAURENCE
La même phrase cent fois répétée : « Je ne me séparerai pas de mon enfant. »
RAYMOND
Et s'il cède enfin? S'il vous offre, à vous et à lui, de reprendre la vie d'autrefois ?
LAURENCE
11 ne cédera pas...
RAYMOND
S'il vous aime, il le fera. '
LAURENCE
Vous ne connaissez pas son orgueil., ,
RAYMOND, très bas. Je n'ai plus la force de partir, maintenant.
LAURENCE
AlI«^-vou8 me faire regretter...
RAYMOND
Laurence, songez à ce que sera la vie pour moi, désormais. Imaginez ce que seront mes journées là-bas, et la détresse de ma solitude. Oui, je serai seul, sans amour, sans un sourire, sans une caresse d'enfant, et je saurai qu'il y a quelque part — peut-être au foyer d'un autre — un enfant qui est le mien, une femme qui a été la mienne qui est la mienne encore puisqu'elle dit m'aimer!
LAURENCE
Pensez à ce qui nous attendrait, si vous restiez... Pensez à la chute fatale, pensez aux mensonges, aux lâchetés dont il faudrait nous salir. Non 1 Non ! pas cela entre nous. Pas cette souillure à notre amour ressuscité... Allons, regardez-moi. Laissons à d'autres les mesquines combinaisons des amours honteuses et clandestines. Tous les deux, Raymond, nous valons mieux que cela. Nous sommes plus fiers, nous sommes meilleurs. Entre la souffrance et la bassesse, c'est la souffrance que nous devions choisir. Notre amour n'est pas de ceux que satisfait la possession peureuse et furtive. Ohl gardons-le très pur, élevons-le très haut et montons jusqu'à lui. Si je vous cédais, vous rougiriez de moi, et c'est parce que je veux touLe votre estime que je me défends contre vous et contre moi aussi... Sacrifions-nous!.. . Ce sera bien, ce sera noble, et nous pourrons, en échangeant un clair regard, nous dire que nous avons fait une chose rare et belle, car nous aurons payé par assez de douleur le droit à un peu d'orgueil... Allons, vous me l'avez promis... Partez... Je vous aimerai plus encore si vous n'hésitez pas.
Il faut donc vous obéir.
LAURENCE
Oui. (Avec une caresse discrète.) Merci... C'est bien entendu. Vous partez. Vous allez réaliser une belle œuvre en Tunisie. Vous vous y créerez une nouvelle existence. Moi, je veillerai sur Julien. Lorsqu'il aura douze ans, il ira vous rejoindre. J'aurai, je l'espère, rais dans son coeur les qualités de bonté et de droiture que nous aimons tant. Vous, vous achèverez d'en faire un homme. Adieu.
RAYMOND
Adieu.
Raymond est assis sur le canapé, la tête dans les mains.