‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 182 sur 307 · H EMU ET TE · texte numérisé non relu

H EMU ET TE

Oh! ce n'est pas moi qui la blâmerai, la chère enfant!

C'est préciséinoat celte éducation singulière qui lui donne du piquant. D'après le jugement de séparation, mademoiselle de Rochetin doit passer trois mois chez sa mère, qui est confite en dévotion, trois mois chez son père, qui mène une vie de polichinelle très chic, et six mois chez M. et madame Dominois, ses oncle et tante, aujourd'hui millionnaires, hier encore fabricants de cartes à jouer. Tu vois d'ici l'éducation qu'elle reçoit : dé'vote pendant le premier trimestre, cocodette pendant le second et bourgeoise bourgeoisant le reste du temps. Sa mère l'appelle Suzanne, les Dominois l'appellent Suzette et son père l'appelle Suzon. Suzanne, Suzette et Suzon, voilà madenioiselle de Rochetin.

HENRIETTE

Pauvre enfant !

LUCIEN

Adorable, mon ami, adorable !

GASTON

Je l'ai Vue une fois dans un salon très sérieux.

LUCIEN

Eh bien ?

GASTON

Je l'ai trouvée très réservée et timide à l"excès.

LUCIEN

Elle était avec sa mère.

GASTON, à Lucien.

Je voudrais bien te dire un mot chez loi. (Uaut.) Je suis complètement fixé. Il s'agissait d'un de mes cousins très épris de mademoiselle de Rochetin.

LUCIEN, Ti>emen!.

Ah !

GASTON

Mais quand il connaîtra la situation du père et de la mère...

LUCIEN

11 renoncera à l'épouser.

GASTON

Naturellement.

HENRIETTE

Cependant Suzanne n'est pas coupable.

GASTON

Non certes ; mais vous connaissez, madame, les susceptibilités souvent malveillantes de notre monde. On se heurterait à chaque instant à des allusions, même involontaires, dont la femme serait blessée et dont le mari souffrirait. Notre société en veut à ceux qui ont l'air de la braver et

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