SCÈNE V Les Mêmes, SUZANNE
SUZANNE, entrant étour.lîmenl.
Madame, je viens vous annoncer une grande nouvelle... Oh ! pardonnez- moi, je vous croyais seule.
Ello s'anCte.
HENRIETTE
Entrez, Suzanne, je vais vous prt^senter un de mes bons amis, M. Gaston de Verdeilhan.
SUZANNE, saluant d'un ton 1res réservé.
J'ai eu le plaisir de voir monsieur chez la baronne de Sommières.
GASTON
Vous vous le rappelez, mademoiselle ?
29i LES GRANDS ENFANTS
SUZANNE
Oh ! très bien .
GASTON
Je ne l'espérais pas.
SUZANNE
On parlait du dernier roman que ces dames ne connaissaient pas et qu'elles jugeaient abominable. On vous a prié de le raconter décemment.
GASTON
Oui. oui, j'ai même essayé.
SUZANNE
Mais ce n'était pas cela du tout. Je l'avais lu chez papa et je n'y avais trouvé aucun mal. Une jeune femme très étourdie, qui s'aperçoit trois mois après son mariage qu'elle n'a pas pris le jeune homme qu'elle aimait et qu'elle a épousé précisément celui qu'elle détestait. Rien n'est plus invraisemblable, n'est-ce pas, madame? Puis un beau jour, elle va dire à son mari avec des airs d'héroïne : « Je vous trompe, ce n'est pas vous que j'aime, c'est mon cousin Oscar. » Elle ne le trompe pas, puisqu'elle le lui dit. Mais vous racontiez tout autre chose.
LUCIEN
Je le crois bien.
Je vous aurais soufflé si maman n'avait pas été là. Maman était indignée ! Je l'étais sans savoir pourquoi, mais comme j'avais envie de rire !
GASTON
Alors, mademoiselle, ce jour-là vous vous êtes un peu moquée de moi ?