‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 186 sur 307 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LUCIEN

Ce sera bien long. •

GASTON

J'ai tout le temps.

LUCIEN

Tu veux donc que je te trouve invraisemblable. Tiens, je ne fois qu'un vœu, c'est qu'un jour tu aies besoin de moi.

.J'aurai besoin de toi certainement.

LUCIEN

Tu as eu quelque déboire, n'est-ce pas? Quand on est juge au tribunal de la Seine à trente ans, on ne se retire pas sans motif.

GASTON

J"ai un motif et un motif très grave. Je veux me marier.

LUCIEN

Et tu ne pourrais pas te marier comme juge?

GASTON

La femme que jaime est veuve. Elle a un enfant qu'elle a l'intention de conduire tous les hivers dans le Midi. Mes fonctions seraient un obstacle.

LUCIEN

Elle a exigé que tu donnes ta démission?

GASTON

Non, je ne me suis pas encore déclaré.

LUCIEN

Et tu te démets d'avance ?

300 Ll'S GRANDS ENl'AXTS

GASTON

Par un seu Liment de délicatesse facile à comprendre... et puis, j'ai assez de fortune pour vivre indépendant.

Alors, c'est une \euve que tu épouses?

GASTON

Que je désire épouser.

LUCIEN

Toi, dont le plus grand argument contre le divorce est qu'on ne peut prendre une femme qui aurait déjà eu un mari !

GASTON

1 n'y a aucun rapport...

LUCIEN

Comment, aucun! Le veuvage, c'est le divorce obligatoire.

GASTON

Le mari n'y est {il us.

LUCIEN

Il y a été.

GASTON

Pour moi, il n'existe pas, il n'a jamais existé.

LUCIEN

Tu es bien bon; moi, je n'épouserai jamais qu'une jeune fille. Elle n'aurait pas vingt ans, dix-huit c'est très bien. Elle serait jolie et spirituelle, elle aurait les yeux noirs, les cheveux blonds et je serais un mari étonnant, étonnant, entends-tu?

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