‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 214 sur 307 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

DOMINOIS.

Cependant, sans accorder aux femmes plus d'importance qu'elles n'en méritent...

LUCIEN

Vous vous imaginez que j'épouserais une jeune fille qui répondrait oui à M. le maire, d'une voix angélique, en pensant : « Mais s'il me déplaît, oh ! ce ne sera pas long, je passerai à un autre. » Jamais! jamais ! jamais ! J'aimerais mieux être trompé plus tard sans préméditation.

DOMINOIS.

Eh bien, vous avez tort ; en me plaçant à un point de vue humanitaire, je trouve que ce qui enlève au mariage de sa gravité, c'est qu'il est éternel.

LUCIEN

Bah!

DOMINOIS.

Un mari éternel, une femme sempiternelle !... C'est tout de suite drôle... pour la galerie.

LUCIEN

Vous avez des aperçus tout à fait ingénieux, monsieur Dominois.

DOMINOIS.

N'est-ce pas?

LUCIEN

Mais avouez au fond que, pendant vingt-deux ans, vous avez été très heureux avec votre femme.

DOMINOIS.

Heureux ! Vous appelez cela heureux ! Je me résignais.

voilà tout. Je me disais : Puisqu'il faudra la supporter toute ma vie, trouvons-la supportable... Mais, si ce n'est plus une obligation ni un devoir... si tous les gens mariés à perpétuité...

LUCIEN

Peuvent être graciés...

DOMINO is.

Amnistiés... je serais bien bête de ne pas user...

De cette mesure libérale ?

DOMINOIS.

Précisément ; et tous les jours je découvre à ma femme un nouveau défaut.

LUCIEN

Voilà un joli résultat !

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