‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 23 sur 307 · SCENE QUATRIEME · texte numérisé non relu

SCENE QUATRIEME

ROMANÈCHE

Et tu dis que c'est une cocotte ?

MONTACABÈRE

Elle était seule. J'ai trouvé un billet dans son corsage, un bracelet dans les plis de sa jupe, et un paletot d'homme dans ses fourrures.

ROMANÈCHE

Ah! ah! — Tu as le billet?

MONTACABÈRE

J'étais si troublé que je mettais tout dans ma poche... pour dégrafer plus vite. — J'ai fait le bracelet, comme on dit à la police correctionnelle. Maintenant il faut le rendre déUcatemcnt.

ROMANÈCHE, remonlanl, avec joie'''".

Ah ! il y a une cocotte dans la maison de mon beau-père,

et on veut que j'y reste ! (Revenant à Montacabère.) Tu OU OS

bien sur?

MONTACABÈRE

Lis plutôt ce menu, qui est tombé do la poche du paletot. — On avait dîné... chez qui? — chez Bignon, cent dix-sept francs cinquante pour deux.

ROMANÈCHE

Oh ! oli ! parfait ! parfait !

MONTACABÈRE

Ce n'est pas une femme honnête qu'on nourrirait si bien.

ROMANÈCHE, avec joie.

Non. — Nous avons une cocotte ! — A quel étage?

* Ronianéche, Montacabère.

rv. 3

MONTACABÈRE

Je venais te le demander.

ROMANÈCIIE.

Nous la trouverons.

MONTACABÈRE

Je n'ai pas besoin de toi. Je n'aurai qu'à faire son portrait. — Elle n'a pas sa pareille.

Va, va, Montacabère, et s'il te plaît de faire un peu de scandale, ne te gêne pas : la maison est à mon beaupère.

MONTACABÈRE

Je me contenterai d'être irrésistible.

ROMANÈCHË.

Tu as ton porte-monnaie?

MONTACABÈRE, froissé.

Oui. — oui, je l'ai, (changeam de ton.) Mais je ne suis pas renseigné.

ROMANÈCHË.

Sur quoi ?

MONTACABÈRE

Sur cette Jolie pécheresse. On ne peut traiter toutes les femmes de la même façon. Le genre cocotte a ses variétés.

ROM\NÈCHE.

Oh I le même fruit, — à des étalages ditlcrents.

SCÈXE QL" AT un: ME 39

MONTACABÈUE.

J'entends bien, mais je n'aime pas à être bète avec les femmes, moi.

ROMANÈCHE

Nous n'avons pourtant que ce moyen de leur plaire.

MONTACABÈRE

Que lui oi'frirais-tu, toi ?

ROMANÈCHE

Quelques jolies pièces d'or : elles font prime.

MONTACABÈRE

Tu oses donner ainsi, brutalement, ce vil métal?

ROMANÈCHE

Oui.

MONTACABÈRE

Moi, non.

ROMANÈCHE

Pourquoi ?

MONTACABÈRE

Ça m'enlève mes illusions.

Alors tu appelles un notaire?

MONTACABÈRE

Pas du tout. J'ai un système.

ROMANÈCHE

Ah!

MONT ACAB EUE, liranl une boile Je sa poche.

Je dissimule ma vulgaire offrande dans une boîte éléganle...

ROMANÈCIIE, à part.

Idiot !

MONTACABÈRE

Je la cache adroitement sur un meuble, en entrant.

ROMANÈCIIE, se moquant.

Elle y reste oubliée.

MONTACABÈRE, Iviomphanl .

Non, c'est une boite à musique, (ll la monte, et à cliaquc tour .le clS Romanèche fait .riiorriblcs grimaces.) Maintenant elle jOUCra

un air toutes les heures. — Je m'assieds; je cause délicieusement. Tout à coup, on entend un air suave. La dame s"élonnc; je souris modestement; elle se lève, elle cherche; je souris toujours. Elle trouve l'objet. Elle est ravie de ma délicatesse et je saisis l'occasion pour en manquer. — C'est un mol.

Tu es ingénieux, Montacabère.

Mon ami, je suis de Nîmes.

ROMANÈCIIE.

Je le vois bien. — Maintenant, va, va vite.

MONTACABÈRE

Attends un peu. (ouvrant la boîte cl la lui montrant.) Esl-CC

assez ?

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