LA BARONNE, ANDRE
LA BARONNE
Voilà l'effet que je produis ! — C'est une indication, (a André.) Tu ne t'es pas aperçu que tu parlais à ta femme d'un ton très sévère, pour ne pas dire plus?
ANDRÉ, froiflemont.
Ce serait la première fois.
LA BARONNE
Alors, c'est raa présence qui t'inspire.
ANDRÉ, il r embrasse.
Je suis pourtant bien heureux, maman. — Tu arrives, tu ne veux rien prendre ?
Un peu de thé seulement.
André sonne. Un domeslique entre.
ANDRÉ, au domcslique.
Faites préparer du thé. (Aia baronne.) Je t'assure que j'avais besoin de te voir.
LA BARONNE
As-tu donc quelque chagrin à me confier?
ANDRÉ
Oh! non.
LA BARONNE
Les mères ne sont très nécessaires que dans ces moments-là. Tu n'as pas à te plaindre de ta femme ?
Je n'ai pas un reproche à lui adresser.
LA BARONNE
Je lui disais toutàriieure qu'elle avait embelli depuis son mariage.
ANDRÉ
Elle était déjà très jolie.
LA BARONNE
Je trouve qu'elle est en ce moment tout à fait séduisante.
ANDRÉ
Tout <à fait. Mais à Paris, oii Ton coudoie tant de femmes séduisantes, le mot est très j-elatif. Ce n'est pas comme en province, où tout ce qui est à peu près bien plaît, et oii tout ce qui plaît un peu séduit.
LA BARONNE
Je sais qu'à Paris on [lasse diiricilement pour une jolie femme, à moins d'en faire profession. On a toutes les indulgences pour les beautés qui s'affichent. Elles peuvent vieillir dans les vitrines, cales conserve. Mais toi tu es un liomme sérieux et tu es bien fait pour opprécier Jeanne.
ANDRÉ
Je l'apprécie, je vous le jure.
LA BARONNE
Sais-tu bien que ce n'est pas là de l'enthousiasme?
ANDRÉ
L'enthousiasme serait bien déplacé entre mari et femme.
II va à la clieminoc.
Sr.l'NE ?>EUVIÈME 477
LA BARONNE
Pourquoi? — C'est surtout l'enthousiasme qui distingue l'amour de l'amitié, et j'iiimc à croire que dans une lune de miel qui n'a été troublée par aucune belle-mère, ce n'est pas l'amitié qui domine. Je n'ai jeté aucune goutte d'eau sur votre flamme. — Sois sincère... (eiig s'assiej wb-, fio la cheminée.) Comment trouvos-tu la femme?
Elle est parlai le.
LA BARONNE
Oh! parfaite! Ou trouve une femme parfaite quand elle a toutes les qualités qu'on n'aime pas et aucun des défauts qu'on aime. — Je serais très inquiète si Jeanne ne m'avait pas affirmé qv.e tu l'adorais.
ANDRÉ
Et c'est exact.
LA BARONNE
Exact! Il trouve des mots de glace! — Je sais que tu es aux petits soins pour ta femme.
ANDRÉ
Autant que je le peux.
LA BARONNE
Elle m'a montré les cadeaux que tu lui avais faits.
ANDRÉ
Quand ?
LA BARONNE
Je ne sais... tout récemment... un bracelet.
ANDRÉ
Vous \ous trompez, je ne lui ai jamais donné de bracelet. IV, 27.
LA BARONNE
Ou un autre bijou.
ANDRE
Pas davantage. Je trouve ridicule, moi, de faire des cadeaux à sa femnae comme à une maîtresse.
LA BARONNE, étonnée.
Ah! — (a pari.) Pourquoi m'a-t-elle menti? (Haut.) Il m'avait paru que Jeanne avait de nouveaux bijoux.
ANDRÉ
Non. Ils doivent venir de la corbeille, c'est toi qui l'as organisée, je ne sais plus ce qu'elle contenait.
LA BARONNE, à part.
Mais je le sais, moi. — (Haut.) En tout cas, c'est toi qui lui as envoyé ce superbe bouquet ?
ANDRÉ
Un bouquet ! — Tiens, je ne l'avais pas remarqué. Je parie que c'est Saint-Hicard qui Ta envoyé. Il dt^it avoir de ces galanteries-là.
LA BARONNE
Vraiment? (l.e domestique revient avec le thé. — A part.) Mais Si
c'est M. de Saint-Hicard, pourquoi Jeanne m'a-t-elle dit que c'était son mari ?
ANDRÉ
Voulez-vous permettre que je vous serve ?
La baronne est assise près du guéridon, quand Saint-IIicard se précipite joyeux.