‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 299 sur 307 · LA BARONNE, ANDRE · texte numérisé non relu

LA BARONNE, ANDRE

LA BARONNE

Voilà l'effet que je produis ! — C'est une indication, (a André.) Tu ne t'es pas aperçu que tu parlais à ta femme d'un ton très sévère, pour ne pas dire plus?

ANDRÉ, froiflemont.

Ce serait la première fois.

LA BARONNE

Alors, c'est raa présence qui t'inspire.

ANDRÉ, il r embrasse.

Je suis pourtant bien heureux, maman. — Tu arrives, tu ne veux rien prendre ?

Un peu de thé seulement.

André sonne. Un domeslique entre.

ANDRÉ, au domcslique.

Faites préparer du thé. (Aia baronne.) Je t'assure que j'avais besoin de te voir.

LA BARONNE

As-tu donc quelque chagrin à me confier?

ANDRÉ

Oh! non.

LA BARONNE

Les mères ne sont très nécessaires que dans ces moments-là. Tu n'as pas à te plaindre de ta femme ?

Je n'ai pas un reproche à lui adresser.

LA BARONNE

Je lui disais toutàriieure qu'elle avait embelli depuis son mariage.

ANDRÉ

Elle était déjà très jolie.

LA BARONNE

Je trouve qu'elle est en ce moment tout à fait séduisante.

ANDRÉ

Tout <à fait. Mais à Paris, oii Ton coudoie tant de femmes séduisantes, le mot est très j-elatif. Ce n'est pas comme en province, où tout ce qui est à peu près bien plaît, et oii tout ce qui plaît un peu séduit.

LA BARONNE

Je sais qu'à Paris on [lasse diiricilement pour une jolie femme, à moins d'en faire profession. On a toutes les indulgences pour les beautés qui s'affichent. Elles peuvent vieillir dans les vitrines, cales conserve. Mais toi tu es un liomme sérieux et tu es bien fait pour opprécier Jeanne.

ANDRÉ

Je l'apprécie, je vous le jure.

LA BARONNE

Sais-tu bien que ce n'est pas là de l'enthousiasme?

ANDRÉ

L'enthousiasme serait bien déplacé entre mari et femme.

II va à la clieminoc.

Sr.l'NE ?>EUVIÈME 477

LA BARONNE

Pourquoi? — C'est surtout l'enthousiasme qui distingue l'amour de l'amitié, et j'iiimc à croire que dans une lune de miel qui n'a été troublée par aucune belle-mère, ce n'est pas l'amitié qui domine. Je n'ai jeté aucune goutte d'eau sur votre flamme. — Sois sincère... (eiig s'assiej wb-, fio la cheminée.) Comment trouvos-tu la femme?

Elle est parlai le.

LA BARONNE

Oh! parfaite! Ou trouve une femme parfaite quand elle a toutes les qualités qu'on n'aime pas et aucun des défauts qu'on aime. — Je serais très inquiète si Jeanne ne m'avait pas affirmé qv.e tu l'adorais.

ANDRÉ

Et c'est exact.

LA BARONNE

Exact! Il trouve des mots de glace! — Je sais que tu es aux petits soins pour ta femme.

ANDRÉ

Autant que je le peux.

LA BARONNE

Elle m'a montré les cadeaux que tu lui avais faits.

ANDRÉ

Quand ?

LA BARONNE

Je ne sais... tout récemment... un bracelet.

ANDRÉ

Vous \ous trompez, je ne lui ai jamais donné de bracelet. IV, 27.

LA BARONNE

Ou un autre bijou.

ANDRE

Pas davantage. Je trouve ridicule, moi, de faire des cadeaux à sa femnae comme à une maîtresse.

LA BARONNE, étonnée.

Ah! — (a pari.) Pourquoi m'a-t-elle menti? (Haut.) Il m'avait paru que Jeanne avait de nouveaux bijoux.

ANDRÉ

Non. Ils doivent venir de la corbeille, c'est toi qui l'as organisée, je ne sais plus ce qu'elle contenait.

LA BARONNE, à part.

Mais je le sais, moi. — (Haut.) En tout cas, c'est toi qui lui as envoyé ce superbe bouquet ?

ANDRÉ

Un bouquet ! — Tiens, je ne l'avais pas remarqué. Je parie que c'est Saint-Hicard qui Ta envoyé. Il dt^it avoir de ces galanteries-là.

LA BARONNE

Vraiment? (l.e domestique revient avec le thé. — A part.) Mais Si

c'est M. de Saint-Hicard, pourquoi Jeanne m'a-t-elle dit que c'était son mari ?

ANDRÉ

Voulez-vous permettre que je vous serve ?

La baronne est assise près du guéridon, quand Saint-IIicard se précipite joyeux.

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