SCÈNE ONZIÈME
LA BARONNE
Une coiiaine élégance naturelle... vous valsiez très bien... ^ous étiez aimable sans prétention, — au temps où j'étais jeune tille, nous vous trouvions toutes charmant!
SAINT-Hir.ARD. avec d ute.
Moi ?
LA BARONNE
On prélendait que vous me faisiez la cour..
s A I N T - II I G A R 0 .
.le Viù laissé voir ?
LA BARONNE
.l'ai cru pendant près d'un an que vous alliez demander ma main.
Ah ! mon Dieu! — Si je vous l'avais demandée?...
LA BARONNE
,îe vous l'aurais accordée.
SAINT-HICARD.
Vous?
LA BARONNE
Et de très grand cœur.
SAINT-Il IGARD, prèl ,i lom!)or en syr.cop?.
Ah!
LA BARONNE
Vous ^oyez bien que vous êtes un séducteur et qu'il l'aut être moins empressé avec Jeanne. — Qu'avez-vous ?
SAINT-HICARD.
C'est l'étonnement, c'est la surprise... c'est l'émotion... Pardonnez- moi, madame, je sens que je vais défaillir.
486 L'Al.01 KTTJ-
LA BARONNE
Gardez-vous-en... c'est moi, mainlenant, que vous allez compromettre.
SAINT-IIICARD.
Vous!... (se rciiessant.) Non!...oh! non 1... jamais! je... jo... (Retombant.) C'est plus fort quc moi !
LA BARONNE
Je n'ose pas appeler! (a pan.) C'est ridirule! (iiaut.) Remettez-vous !
SAINT-IIICARD.
Oui, madame, oui... ne vous eCfrayez pas... je vais me remettre... je me remets... je peux maintenant répondre à vos accusations... car ce sont des accusations. — Vous m'avez appelé séducteur et vous avez cru que j'avais envoyé... Jamais, madame, jamais je n'ai osé envoyer une fleur à une femme. Venant de ma part, ça m'aurait paru le comble de l'outrecuidance, ce bouquet...
LA BARONNE
Vous savez qui l'a oflfcrt à Jeanne?
SAINT-HICARD.
Parfaitement 1... C'est son mari.
LA BARONNE
Ah!
SAlNT-HICARD.
Il est rempli d'attentions pour sa femme, il l'accable de cadeaux. C'est elle qui me l'a dit.
LA BARONNE
A vous aussi?
Cf!la arrive fréquemment aux maris dans ces cas-là.
SCfiXE ONZIÈMK 4H7
LA CAUONNM'.
De quels cas parlez-vous?
SAINT-IIICARI), ï^c lepromnl.
Je veux dire : c'est bien naturel... j'ai été si troublé tout à l'heure que je n'ai plus la tète à moi. — Oh! ne craignez rien, je ne m'évanouirai plus... je suis fort! je suis
très fort! (u reprend son luourhoir qu'il avait mis dans une poclie de côlé et. le preDant, il laisse tomber une letlro.) Quaud je penSO qUC si jC
VOUS avais demandé...
LA BARONNK.
Vous perdez une lettre!
SAINT- Il ICA IID, roiilimiant.
Vous m'aui'iez peut-être... — Non, je ne crois pas.
LA BARONNE
A moins qu'elle ne soit tombée de ma poche. (Eiie la ramasse.) Non, elle est cachetée, (u reioumam.) Comment?...
s A I NT- IIIC V R I) , rhorcli.nl à la reprendre vivement.
Ah je sais ce que c'est!
LA BARONNR.
Vous écriviez à ma bellc-fille?
Non, madame, non... ce n'est pas moi... c'est...
Mais c'est l'écriture de mon fils!
SAINT-IIICARD.
Vous voyez que ce n'est pas moi.
LA BARONNE
Une lettre de mon fils pour sa femme?
'iSS L'ALOUETTI-:
Oui, ce n'est pas compromettant.
LA BARONNE
Et c'est vous qui êtes chargé de la rcmottre?
SAINT-HICARD.
Précisément!,.. Si vous vouliez ])ien me la rendre...
LABARONNE.
Mon fils a un duel!
SAINT-HICARD.
Non, madame.
LA BARONNE
Il va se battre demain et il vous a prié d'apporler à s;', femme...
s A I N T - II I ( : A R D , r iiilerrompii.t .
Je vous jure que non!... je vous jure sur l'honneur f[ur: vous vous trompez : il n'y a pas de duel, André ne se ba', pas.
Monsieur do Saint-Hicard, vous avez eu pour moi quchpic arfect'on. n'est-ce pas?
SAIM-IIICARD.
Vous me le demandez?
LA BARONNE
.Je n'ouvrirai pas cette lettre, qui ne m'appartient pas. Jo vous la rends. Mais je veux que vous me disiez la vérité, la vérité tout entière !
SA INT-ll ICARD.
Je ne peux pas, madame, je ne poux pas!