‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 3)Chapitre 105 sur 308 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

BRION

Si Claire était ici, nous aurions pn traiter, Mais elle a pris un tiers pour la représenter; Voulez-vous que je tombe aux pieds de son notaire?

DARGIS.

Non. Je vous défendrai.

BRION

Bien, philosophe austère.

DARGIS.

Mais vous resterez sage, au moins, triple étourdi.

Il va à son buronii, mais ne s'assied pas. BRION.

Sage? comptez sur moi, je le serai lundi. Que direz-vous, Dargis?

II s'assied.

DARGIS, s'animant.

Je dirai les tendresses, Le charme du foyer et ses chastes ivresses.

BRION

Oh! n'exagérez rien.

DARGIS, continuant.

Le bonheur de Tépoux...

BRION, r interrompant.

Non, si les juges sont mariés comme nous, Cela leur paraîtrait peut-être invraisemblable.

DARGIS, avec reprorhc.

Brion !

BRION

Prouvez qu'en droit je suis irréprochable. Ai-je adoré quelqu'un sous le toit conjugal?... Non. Tout est là.

DARGIS.

Si c'est ailleurs?

BRION

Esl-ce illégal?...

Non. Que faut-il de plus? — Un seul détail me pèse ;

Il se lève.

Dans ma maison, cité d'Antin, numéro treize, Je conserve, à mes frais, une dame.

DARGIS, s' asseyant.

CommenI ?

BRION

Adorable !

DARGIS.

Chez vous? dans votre appartement?

DRION

Mais mon toit conjugal est sur le quai Voltaire.

DARGIS,

Vous avez un sang-froid candide qui m'atterre.

Deux ménages de front, au grand jour, ce n'est rien ?

Éltes-vous l'avocat de ma femme, ou le mien?

DARGIS.

Le vôIre.

BRION

Eh bien, alors, prouvez mon innocence.

DARGIS.

Renvoyez cette damo.

I;IU0N, iiidigno.

Hriii ! fciiviiyor Laurence?

Vous romprez poliment; faites les premiers pas.

ItRION, gravemenl.

Non, il est des devoirs qu'on ne discute pas. Madame de Saint-Prenil est i)aronne, elle est blonde, Elle est ijelle, elle est jciune et veuve, seule au monde.

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