SCÈNE PREMIÈRE
BRION
Si Claire était ici, nous aurions pn traiter, Mais elle a pris un tiers pour la représenter; Voulez-vous que je tombe aux pieds de son notaire?
DARGIS.
Non. Je vous défendrai.
BRION
Bien, philosophe austère.
DARGIS.
Mais vous resterez sage, au moins, triple étourdi.
Il va à son buronii, mais ne s'assied pas. BRION.
Sage? comptez sur moi, je le serai lundi. Que direz-vous, Dargis?
II s'assied.
DARGIS, s'animant.
Je dirai les tendresses, Le charme du foyer et ses chastes ivresses.
BRION
Oh! n'exagérez rien.
DARGIS, continuant.
Le bonheur de Tépoux...
BRION, r interrompant.
Non, si les juges sont mariés comme nous, Cela leur paraîtrait peut-être invraisemblable.
DARGIS, avec reprorhc.
Brion !
BRION
Prouvez qu'en droit je suis irréprochable. Ai-je adoré quelqu'un sous le toit conjugal?... Non. Tout est là.
DARGIS.
Si c'est ailleurs?
BRION
Esl-ce illégal?...
Non. Que faut-il de plus? — Un seul détail me pèse ;
Il se lève.
Dans ma maison, cité d'Antin, numéro treize, Je conserve, à mes frais, une dame.
DARGIS, s' asseyant.
CommenI ?
BRION
Adorable !
DARGIS.
Chez vous? dans votre appartement?
DRION
Mais mon toit conjugal est sur le quai Voltaire.
DARGIS,
Vous avez un sang-froid candide qui m'atterre.
Deux ménages de front, au grand jour, ce n'est rien ?
Éltes-vous l'avocat de ma femme, ou le mien?
DARGIS.
Le vôIre.
BRION
Eh bien, alors, prouvez mon innocence.
DARGIS.
Renvoyez cette damo.
I;IU0N, iiidigno.
Hriii ! fciiviiyor Laurence?
Vous romprez poliment; faites les premiers pas.
ItRION, gravemenl.
Non, il est des devoirs qu'on ne discute pas. Madame de Saint-Prenil est i)aronne, elle est blonde, Elle est ijelle, elle est jciune et veuve, seule au monde.