ACTE PRE3IIER
ROGER
Mais le désir, c'est le comble de l'amour. Et d'ailleurs, je ne donne pas de nom à ce que je ressens. J'aime à ma façon et je n'en sais pas d'autre. Ce n'est point par vanité, ce n'est point paixe qu'elle a une réputation sans tache, une vertu irritante, parce qu'elle est belle et charmante ; c'est parce qu'elle a pour moi un attrait que je n'analyse pas, que je ne définis pas, mais que je sens irrésistible.
PIBRAC
Admets qu'un jour elle cède à ta passion, et après?
ROGER
Après? après, je serai le plus heureux des hommes.
PIBRAC
Égoïste ! égoïste! égoïste ! Tu maccorderas bien qu'il y a une morale?
ROGER
Je t'en accorde plusieurs.
PIBRAC
Laissons la morale. Je ne te demande que d'écouter ta raison.
Dieu m'en garde ! Nous n'avons que cette supériorité sur les auti'es animaux, qu'ils sont esclaves de leur instinct et que nous sommes maîtres de notre raison.
PIBRAC
Ce qui prouve?...
ROGER
Que notre àme est immortelle, puisqu'elle peut faire des bêtises.
PIBRAC
Il est impossible de raisonner. Vous êtes tous des êtres pervertis, sans conscience et sans scrupules. Vous avez des
fantaisies qui vous détraquent la cervelle, vous cherchez des surexcitations de liant goût, vous...
R 0 G E U , l'inlerrompant.
Là... là... Pibrac, ne vois-tu pas assez de gens qui amassent et entassent, qui courent après les fauteuils oiflciels ou oflicieux, qui piétinent péniblement entre les lignes du code, pour arriver sans chute à la fortune, qui politiquent à droite, à gauche, en long, en large, en travers, en zigzag? Ne (e plains pas si quelques fous jettent une note gaie et insouciante dans ce concert de travailleurs chauves. Nous avons le code du bon vieux temps : le point d'honneur, et nous résumons toutes les délicatesses de la loyauté par un mot plus moderne : vivre en galant homme. Après cela, où est le mal de casser un peu les vi(ri;s, quand ce ne sont pas celles des autres ?
11 appelle cela ne pas casser les vitres des autres. Voilà un garçon qui est la loyauté même et qui se croit très galant homme en séduisant une jeune femme...
UOGEH.
Délaissée, abandonni;e.
11 va trouver f(ue c'est méritoire! Quelles mœurs! quelles mœurs !
JOSEPH, L'iiliaiil, toujours cffaro.
On ne trouve pas M. le comte. J'ai dit à madame la comtesse...
UOGEH.
Elle est arrivée ?
Bon !
JOSEPH, continuanl.
Que M. de l'ibrac était ici et qu'il lui exi)liquerait poui'quoi M. le comte était absent.