ACTE TROISIÈME
JEANNE
Je vous le demande.
ROGER
Je vous ai déjà dit que je ne le pourrai pas.
JEANNE
Vous le pourrez. Ce sera pour moi un si grand bonheur de penser que je ne me suis pas trompée en vous jugeant comme je vous juge.
ROGER
Mais...
JEANNE
Voici ma main. Est-ce que cela ne vaut pas toutes les joies que nous donneraient des amours dont nous aurions tous les deux à rougir ?
ROGER
Vous m'auriez demandé ma vie, je vous l'aurais donnée. Vous me demandez plus encore : prenez donc !
Ne détournez pas les yeux, regardez-moi, et dites si ce n'estpas une chose douce de soutîrir pour rester fière de soi.
ROGER
Brisez-moi le cœur, pour conserver le droit d'être fièrc. Je vous aime à ce point que ma pensée ne se révoltera jamais contre votre volonté.
JEANNE
Vous resterez mon ami, le meilleur ; j'aurai loi en vous comme en moi-même, et si vous saviez quelle force je retrouve depuis que je suis redevenue Jeanne de Mauves !
ROGER
Ordonnez-moi encore de partir, renvoyez-moi, éloignezmoi pour toujours, mais ne me demandez pas de n'être
pour vous qu'un ami ; n'exigez pas que je reste calme et froid quand je presse votre main dans les miennes. Non, non, non, je vous mentirais si je vous disais que je ne suis pas en ce moment ivre d'amour et que je puis voir en vous autre chose qu'une femme aimée. Laissez-moi votre main, c'est un adieu.
JEANNE
Un adieu !
ROGER
Ne me l'avez-vous pas demandé?
JEANNE
Vous ne voulez pas vous défendre demain contre M. de Mauves !
Quand je le voudrais, en aurais-je le droit? Et d'ailleurs, qu'ai-je à regretter? Adieu, madame.
JEANNE
Non, pas adieu ; au revoir! Je veux vous revoir.
ROGER, sortant vivement.
Adieu !
Jeanne s'enveloppe fiévrouscnient dans sa sortie de bal. Pibrac rentre avec les jeunes flUes.