‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 3)Chapitre 291 sur 308 · SCÈNE V MARTHE, FLAVIGNAC, GRENOUX · texte numérisé non relu

SCÈNE V MARTHE, FLAVIGNAC, GRENOUX

FLAVIGNAC.

Ah!

MARTHE

Le père Gronoiix !

GRENOUX, nvec joie.

Mon député!

II va déposer son chapeau ?iir la cheminée, qu'il a époussetée avec soin. FLAVIGNAC, à Marthe '•'.

Que me disais-tu qu'il était dans mon cabinet?

MARTHE, très embarrassée.

J'avais cru l'entendre.

FLAVIGNAC.

Il y a donc quelqu'un?

MARTHE

Oh! non. (viveiuem.) Vous n'avez pas salué le père Grenoux. il se formalisera.

FLAVIGNAC.

C'est juste.

Il va vers le père Grenoux.

GRENOUX.

Oh! notre député, que je suis content de vous voir!

* Grenoux, Flavignac, Marthe.

414 LES COiWIC.ÏIOXS DK PAPA

FLAVIGNAC.

Et moi donc, père Grenoux, et moi!

GRENOUX.

Il m'est arrivé un accident.

Où donc?

GRENOUX.

Au tribunal.

FLAVIGNAC.

Quel accident?

GRENOUX.

J'ai appelé l'avoué du gouvernement : cafard.

FLAVIGNAC.

Encore?

GRENOUX.

C'est la première fois, notre député.

FLAVIGNAC.

L'autre jour, vous avez appelé l'avocat : crétin.

GRENOUX.

Je ne peux pas souffrir l'injustice, moi.

FLAVIGNAC.

Vous êtes vif, père Grenoux.

On est vif quand on est dans son droit et je suis dans mon droit. Et puis vous êtes là, mon député, vous êtes là.

FLAVIGNAC.

Certainement, je suis là.

se EN H CINQUIEME 'il 5

GRENOUX.

Vous ne laisseriez pas un électeur dans l'embarras.

Mais s'il y a récidive?

GRENOUX.

Mon député, je vais vous conter la chose.

FLAVIGNAC.

Plus tard, mon bon Grenoux; on m'attend à la Chambre, et il faut que j'entre dans mon cabinet.

GRENOUX.

Ce ne sera pas long.

MARTHE, bas, à FlaTignac.

Ne le contrariez pas.

GRENOUX, prenant Flavignac par lo bouton de sa jaquette et ne le lâchant plus.

Or donc, il y a un Grenoux qui est mort à Versailles...

FLAVIGNAC.

Sans héritiers, je sais cela.

GRENOUX.

Mais non, pas sans héritiers, puisque j'ai hérité.

Précisément! vous vous êtes emparé de l'héritage.

Emparé! C'est pour ce mot-là que j'ai appelé l'avoué du gouvernement : cafard.

FLAVIGNAC.

Calmez-vous, père Grenoux. L'État prétend que la succession lui revient, comme n'appartenant à personne.

GRENOUX.

Et je soutiens, moi, qu'elle m'appartient.

FLAVIGNAC.

Voilà le procès.

GRENOUX.

Mon avocat m'a juré que je le gagnerais, si je trouvais seulement quelqu'un qui pourrait affirmer au tribunal... que le Grenoux qui est défunt était bien mon parent.

FLAVIGNAC.

Un faux témoin?

GRENOUX, continuant.

Je lui ai répondu que j'avais notre député.

FLAVIGNAC.

Je ne puis pas affirmer que vous êtes parent ; je n'en sais rien.

GRENOUX.

Oh ! mon député, vous qui savez tout!

N'exagérons pas.

GRENOUX.

On vous a nommé à cause de ça. On imprimait : nommons Flavignac, il connaît nos besoins, il connaît... il connaît... tout, quoi! — Et vous ne sauriez pas que j'étais parent du Grenoux qui est défunt, quand je vous le dis?

SCKNE CiNQUlKMl-: 417

FLAVIGNAC.

Votre nom s'écrit avec un x, et l'autre n"a\ait pas d'x.

GRENOUX.

Vous dites comme l'avocat du gouvernement, -le lui ai crié : Ne faites donc pas tant d'embarras pour une misérable lettre, qui est même dans les dernières de Talpbabet ! Et le président m'a interdit la parole. Ils s'entendent tous pour me reprendre un pauvre héritage que j'avais recueilli pour ma fille ; mais vous êtes là, mon député, vous êtes là.

FLAVIGNAC.

Comptez sur moi dans toutes les limites que me trace ma conscience.

GRENOUX.

Vous êtes un bon député, vous. Vous vous occupez de vos électeurs.

FLAVIGNAC.

Si je m'en occupe ! Je vais vous montrer la lettre que je leur écris.

MARTHE, vivement.

Je vais aller la chercher.

FLAVIGNAC, la retenant.

Tu ne sais pas où elle est. (a crenoux.) C'est vous qui la lirez le premier.

Il entre dans le cabinet, à gauche.

MARTHE, enrayée.

Oh ! mon Dieu !

GRENOUX.

Merci, noire député.

M ART m:.

Il va voir Alcide !

GRENOUX, criant*.

Pas d'x, pas d\ ! Pourquoi ce Grenou, qui n'avait pas d'x, avait-il des cliamps dans ma commune? Voilà ce qu'il faut dire!

Il met lies morceaux de tiucre duns sa poche FLAVIGNAC, revenant**.

Qui diable u mis tant de journaux dans mon cabinet?

MARTHE, tremblante.

C'est moi, papa.

FLAVIGNAC.

11 y en a partout. Et quel est ce nouveau meuble que tu as acheté?

MARTHE

Ce nouveau meuble?

Une espèce de pouf en dos d'âne.

MARTHE, à pari.

C'est Alcide !

FLAVIGNAC.

Recouvert d'un tapis!

MARTHE, à part.

C'est lui! (Haut.) Oui, papa, oui, c'est un nouveau modèle, un échanlillon. (Bas.) Débarrassez-vous vite du père Grenoux, pour aller à la Chambre.

FLAVIGNAC, bas.

C'est qu'il me prend par le bouton de ma jaquette; c'est

• Mailhc, Grenoux.

•• Marthe, Flavignac, Gronnux.

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tri's incommode, (ii-mi.) Tenez, père Grenoux, voici votre exemplaire : « Inébranlable dans mes convictions... »

GRENOUX, prenant r exemplaire sans le lire.

Uhl cal oh! i;a! oui: quand vous avez dit quelque chose, c'est dit. Et si vous disiez aux juges que je suis le parent du défunt...

FLAVIGNAC.

J'étudierai Taflaire; mais pardonnez-moi si je vous quitte. Je suis appelé à la Chambre par des questions de la plus haute importance pour le pays.

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