SCENE SEPTIEME
MARTHE
Parce que je savais que mon père aurait jeté par la fenêtre le fils de son adversaire; vous voyez, père Grenoux, que vous vous trompiez tout à fait.
GRENOUX.
Oui, mam'selle. Alors comme ça, notre député ne connaît pas M. Alcide?
Il ne l'a jamais vu, et je vous prie de me garder le secret.
GRENOUX.
Oh! mam'selle, du moment qu'il y a du mystère...
MARTHE
Il n'y en a plus pour vous.
GRENOUX.
Oh! non, je comprends.
MARTHE
A la bonne heure.
GRENOUX.
.le comprends que la jeunesse, c'est la jeunesse.
MARTHE
Mais vous êtes notre ami, père Grenoux?
GRENOUX.
Oh! oui, mam'selle.
ALCIDE
Et le mien aussi, père Grenoux.
GRENOUX*.
Oh! oui, monsieur Alcide.
MARTHE
Il a un procès, ce pauvre père Grenoux !
Bah!
GRENOUX, à Alcide.
Je plaide avec le Gouvernement.
MARTHE
On lui dispute trois pauvres petits champs.
GRENOUX.
Dont un de luzerne.
ALCIDE
Oh!
MARTHE
Qu'il a plantés lui-même, ce pauvre père Grenoux!
GRENOUX.
Oui, monsieur Alcide, moi-même, de mes propres mains; ça prouve bien qu'ils m'appartiennent.
ALCIDE
Certainement, ça le prouve.
MARTHE
Il y a mis de petites betteraves toutes roses et de jolis petits navets tout jaunes qui ont déjà de petites feuilles...
GRENOUX.
Et on voudrait me reprendre ça, monsieur Alcide.
C'est une abomination.
* Alcide, Grenoux, Marthe.