ACTE DEUXIEME
BRICHANTEAU, gaiement.
J'arrive à un âge où l'on se transforme trop.
Oh ! mon cousin ! Notre préfet, qui a quelques années de plus que vous, vient d'épouser une demoiselle de dix-huit ans.
BRICHANTEAU, riant.
C'est un préfet à poigne, comme on disait autrefois.
MADAME PONTAUBERT.
Et la jeune personne l'a voulu, malgré ses parents.
LEONIDE, avec conviction.
C'est très mal.
MADAME r 0 N T A U B E R T , à Brichanteau.
Vous voyez, mon cousin, qu'on ne leur donne pas seu'ement au lycée une instruc'ion brillante, on leur inculque le respect de la famille.
LÉONIDE
Oh ! oui ! (Gravement.) Les parents, étant plus âgés, doivent avoir une plus grande expérience, proportionnée à la différence d'âge, d'après le calcul des probabilités basé sur des moyennes.
BRICHANTEAU, la regardant avec étonnement.
Des moyennes ?
LÉONIDE
Vous ne croyez pas aux moyennes ?
BRICHANTEAU
Si, mademoiselle, très fermement.
MADAME PONTAUBERT, ravie.
Léonide est heureuse de pouvoir causer avec un homme
sérieux et distingué... Ici, à part l'inspecteur d'académie...
LÉONIDE
Et encore! maman. Il aime mieux parler cuisine avec toi.
MADAME PONTAUBERT.
C'est un gourmet.
Et il ne savait pas la date de l'avènement de Louis le Gros ! Non, je ne peux causer à Montauban qu'avec Gustave Planés.
BRICHANTEAU
Ah ! ah !
MADAME PONTAUBERT, vivement.
C'est le fils d'un de nos amis; il est à Toulouse.
LÉONIDE
Il passe son examen pour la licence es lettres. Il m'a envoyé sa dissertation sur les poètes amoureux de la Grèce. (Avec enthousiasme.) C'est un chef-d'œuvre.
MADAME PONTAUBERT.
Tu t'embrouilles encore dans tes laines.
LÉONIDE, à Brichanteau.
Voulez-vous la lire?
BRICHANTEAU
Avec le plus grand intérêt. Est-ce en grec ?
LÉONIDE, se levant.
Quelques passages seulement. Je vous les traduirai.
BRICHANTEAU
Vous êtes trop gracieuse, (a part.) Bon petit collégien !