‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 67 sur 324 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

SAVOURETTE.

Cette imprudence m'a inquiété, j'y suis retourné.

BRICHANTEAU

Vous avez fouillé mon appartement?

SAVOURETTE.

Pour la sécurité des localairi s.

BRICHANTEAU

Je vous demanderai des dommages-intérêts.

SAVOURETTE.

Je n'ai pas outrepassé mes pouvoirs, mais j'ai trouvé chez vous le portrait de ma femme.

C'est bien fait.

SAVOURETTE.

J'ai interrogé madame Savourette; elle m'a donné une explication.

BRICHANTEAU

Que voulez- vous de plus?

SAVOURETTE.

Je veux savoir si vous allez me donner la même.

BRICHANTEAU

Non, monsieur, je ne vous donnerai pas la même.

SAVOURETTE.

En ce cas...

BRICHANTEAU

Parce que je n'ai pas l'intention de vous être agréable.

SAVOURETTE.

Monsieur... C'est un mari qui vous parle.

vi. 6.

BRICHANTEAU

Non, monsieur, c'est un propriétaire.

SAVOURETTE.

Permettez, monsieur.

Je ne vous connais que comme propriétaire.

SAVOI'RETTE.

C'est le portrait de ma femme!

BRICHANTEAU

De la femme de mon propriétaire. Ne changeons pas la nature des choses.

SAVOURETTE.

Mais, je n'en serai pas moins...

BRICHANTEAU

Tout ce que vous voudrez; comme propriétaire, cela n'a aucune importance pour vos locataires.

SAVOURETTE.

Quel que soit le tort que j'ai pu vous causer, ce n'est rien à côté...

BRICHANTEAU

Comment! ce n'est rien? Vous trouvez que ce n'est rien de m'a voir chassé de mon boulevard? de m'avoir expédié à Montauban? de m'avoir exposé à M. Pontaubert, à madame Pontaubert, et à mesdemoiselles Harbouin? Et vous croyez que ce n'est rien?...

SAVOURETTE.

Vous ne me laisserez pas dans des angoisses mortelles...

BRICHANTEAU

Si, monsieur, je vous y laisserai avec joie. Ah! vous ne

croyez pas à l'explication si simple que madame Savourette a eu la faiblesse de vous donner. Eh bien, monsieur, tant mieux! Voilà ma vengeance.

SAVOURETTE.

Je pourrais voir dans votre réponse...

BRICHANTEAU

Je ne réponds de rien.

SAVOURETTE, continuant.

Un aveu implicite.

BRICHANTEAU

Aveu ou non, monsieur Savourette, et quoi que je fasse, yous m'avez donné congé. Tout le monde pensera que c*est par jalousie.

SAVOURETTE.

On le dit. Les journaux le disent. Mes amis eux-mêmes... mais vous savez comment les choses se sont passées, vous pouvez alkster...

BRICHANTEAU

Personne ne me croira. Vous êtes jaloux, monsieur Savourette !

SAVOURETTE.

C'est ma femme, au contraire, qui a désiré votre appartement.

r, R 1 1 : H AN TE A U .

Non, non, c'est vous, et vous ne pourrez plus faire un pas sans entendre des voix railleuses vous crier : « Vous êtes jaloux, monsieur Savourette ! »

J'ai été trois fois sur le point de me battre... je suis prêt à recommencer.

BRICHANTEAU

Ce serait inutile. La nuit, le démon familier vous soufflera: « Vous êtes jaloux, monsieur Savourette! »

SAVOURETTE, exaspéré.

Ne me donnez pas la chair de poule !

BRICHANTEAU

Quand vous vous promènerez en voiture dans l'allée des Acacias, assis à côté de la belle madame Savourette, les passants murmureront : « Il a raison d'être jaloux, M. Savourette, » et madame Savourette elle-même, vous examinant du coin de l'œil, pensera : « Mais certainement il a raison d'être jaloux, M. Savourette. »

SAVOURETTE, s'exaspérant.

Vous voulez me rendre ridicule !

BRICHANTEAU

C'est mon humble prétention ; vous serez ridicule pour m'avoir donné congé. Il y a aussi un dieu pour les locataires, monsieur Savourette.

SAVOURETTE, s'exaspérant.

Monsieur, je me révolterai à la fin. Je...

Contran paraît à droite.

BRICHANTEAU

Pardon, monsieur.

C'est un monsieur de Montauban qui désire présenter ses hommages à monsieur Brichanteau.

Il remet une carte à Brichanteau.

BRICHANTEAU

Casimir Bombelles. Je vais le recevoir.

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