‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 97 sur 324 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

GENEVIÈVE

J'ai pris tout cela gaiement... Ne vous tourmentez pas.

BRICHANTEAU

Je ne me tourmente plus, Geneviève, je veux vous dire seulement que personne ne pourra vous reprocher d'avoir été élevée chez moi.

GENEVIÈVE, vivement.

Cela ne regarde personne, je n'ai besoin de l'avis de personne.

BRICHANTEAU

Écoutez-moi. Un de mes amis m'a demandé votre main.

GENEVIÈVE

Ma main ?

BRICHANTEAU

C'est un garçon de cœur bien digne de vous... et je suis sûr, au moins, qu'il ne vous déplaît pas. C'est Frédéric de Fougerolles.

GENEVIÈVE

Qui veut m'épouser ?

BRICHANTEAU

Cela vous étonne ?

GENEVIÈVE

Oui.

BRICHANTEAU

Pourquoi ? Vous appartenez par votre mère à une famille qui vaut la sienne; votre père a laissé le souvenir d'un héros mort pour son pays, et vous êtes de beaucoup plus riche que lui.

GENEVIÈVE

Moi?

BRICHANTEAU

Vous n'avez pas fait le compte de votre fortune ?

GENEVIÈVE

Je n'ai rien.

BRICHANTEAU

Chassez ce souci de votre esprit ; vous pouvez épouser qui vous plaira sans scrupule. Vous ne me quitterez pas. Je cède mon appartement à Frédéric, en me réservant quelques pièces : le salon sera commun ; je continuerai à manger au club, pour ne pas être gênant. Mais vous m'inviterez de temps en temps. Ce sera charmant : vous ne trouvez pas ?

11 me semblait que j'aurais pu rester ici quelques années.

BRICHANTEAU

Vous ne partez pas ; vous devenez, au contraire, la maîtresse de maison : vous ordonnerez, vous dirigerez, vous régnerez.

GENEVIÈVE

Vous ne reconnaîtrez plus votre petite Geneviève.

BRICHANTEAU

Ma petite Geneviève s'appellera madame de Fougerolles.

GENEVIÈVE

Est-ce que ce sera la même chose ?

BRICHANTEAU, embarrassa

La même chose ?

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