ACTE TROISIÈME
GENEVIÈVE
J'ai pris tout cela gaiement... Ne vous tourmentez pas.
BRICHANTEAU
Je ne me tourmente plus, Geneviève, je veux vous dire seulement que personne ne pourra vous reprocher d'avoir été élevée chez moi.
GENEVIÈVE, vivement.
Cela ne regarde personne, je n'ai besoin de l'avis de personne.
BRICHANTEAU
Écoutez-moi. Un de mes amis m'a demandé votre main.
GENEVIÈVE
Ma main ?
BRICHANTEAU
C'est un garçon de cœur bien digne de vous... et je suis sûr, au moins, qu'il ne vous déplaît pas. C'est Frédéric de Fougerolles.
GENEVIÈVE
Qui veut m'épouser ?
BRICHANTEAU
Cela vous étonne ?
GENEVIÈVE
Oui.
BRICHANTEAU
Pourquoi ? Vous appartenez par votre mère à une famille qui vaut la sienne; votre père a laissé le souvenir d'un héros mort pour son pays, et vous êtes de beaucoup plus riche que lui.
GENEVIÈVE
Moi?
BRICHANTEAU
Vous n'avez pas fait le compte de votre fortune ?
GENEVIÈVE
Je n'ai rien.
BRICHANTEAU
Chassez ce souci de votre esprit ; vous pouvez épouser qui vous plaira sans scrupule. Vous ne me quitterez pas. Je cède mon appartement à Frédéric, en me réservant quelques pièces : le salon sera commun ; je continuerai à manger au club, pour ne pas être gênant. Mais vous m'inviterez de temps en temps. Ce sera charmant : vous ne trouvez pas ?
11 me semblait que j'aurais pu rester ici quelques années.
BRICHANTEAU
Vous ne partez pas ; vous devenez, au contraire, la maîtresse de maison : vous ordonnerez, vous dirigerez, vous régnerez.
GENEVIÈVE
Vous ne reconnaîtrez plus votre petite Geneviève.
BRICHANTEAU
Ma petite Geneviève s'appellera madame de Fougerolles.
GENEVIÈVE
Est-ce que ce sera la même chose ?
BRICHANTEAU, embarrassa
La même chose ?