‹ Théâtre complet [de] Edmond GondinetChapitre 11 sur 352 · AVANT-PROPOS. XIII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XIII

La nature tout entière d'Edmond Gondinet se reflète dans son théâtre ; il semble qu'il y circule un courant fie bonté. Son talent est fait de charme plus que de force. Il s'attaque plus volontiers aux travers qu'aux vices, estimant sans doute que s'il est utile de signaler les uns, il est préférable souvent de cacher les autres. On trouvera peu de vrais méchants dans son théâtre. Il avait trop de peine à les comprendre pour éprouver l'envie de les peindre.

Chez lui, nulle amertume, nulle déclamation, nul désir d'étonner le spectateur par un paradoxe, de le violenter par une brutalité, de provoquer l'applaudissement par une de ces tirades à panache, qui font sourire dix ans plus tard, quand le panache est devenu perruque. Le dialogue, alerte et coupé, étincelle de traits sans cesser d'être simple. Soit qu'il écrive, pour le Palais-Royal, une de ces pièces débordantes de gaieté, où la comédie, déguisée sous des dehors boufl'ons, accuse les reliefs jusqu'à la caricature; soit qu'il trace d'une main légère un de ces tableaux de la vie parisienne qui l'ont fait considérer par certains critiques de notre temps ^ comme le créateur d'un genre oîi d'autres ont depuis brillamment réussi, il saura éviter avec une délicatesse de touche infinie, aussi bien la plaisanterie grossière qui déshonore le rire que la prétention qui le glace. Dans l'un et l'autre cas, il sera toujours aisé de le reconnaître à une sorte de grâce qui

1. Lire notamment une curieuse appréciation de M. Emile Zola, dans son ouvrage intitulé : Nos auteurs dramatiques.

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